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LACOURT (Philippe), MUNCH (Paul-Bernard), ''Auberges et relais de poste, espaces de vie, fenêtres sur le monde'', Société d’histoire du Sundgau, Riedisheim, 2016. | LACOURT (Philippe), MUNCH (Paul-Bernard), ''Auberges et relais de poste, espaces de vie, fenêtres sur le monde'', Société d’histoire du Sundgau, Riedisheim, 2016. | ||
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Sommaire
- 1 La poste aux chevaux, le transport des voyageurs (XVIe-XIXe siècles)
- 2 La poste aux lettres et les messagers (Boten)
- 2.1 Le Cursus publicus des Romains
- 2.2 Les messagers du Moyen Âge
- 2.3 Les États modernes et l’affermage des services de la poste aux lettres
- 2.4 Dans le Saint Empire : les Thurn und Taxis
- 2.5 Les postes de la monarchie française
- 2.6 L’extension de la Ferme royale des postes à l’Alsace (1636-1675)
- 2.7 Une poste des marchands à Mulhouse
- 2.8 L’essor de la poste au XVIIIe siècle
- 2.9 Poste de la République et de l’Empire
- 2.10 Sources - Bibliographie
- 2.11 Les postes privées locales : la Petite Poste de Strasbourg
- 3 Les métiers de la poste
La poste aux chevaux, le transport des voyageurs (XVIe-XIXe siècles)
La poste aux chevaux et la poste aux lettres sont deux services distincts, mais ils sont souvent
confondus, car ce sont les mêmes personnes qui les assurent (Dupouy, 1963, p. 68).
La poste aux chevaux assure le transport des voyageurs entre deux destinations d’un réseau routier, par des voitures hippomobiles, Rollwagen. Depuis le règne de Louis XI, un service des « chevaucheurs de l’écurie du Roi » fonctionne dans le royaume de France. À partir du XVIe siècle, les autorités françaises tentent d’accaparer ce service et d’en obtenir le monopole. Depuis 1506, les postes royales sont mises à disposition du public et obtiennent le monopole du louage des chevaux. Le réseau des relais ne cesse de se développer avec des postes distantes de 15 à 20 km.
En Alsace, la mise en usage des chaises de poste, véhicules légers à deux roues inventés en 1664, accroît l’activité des maîtres de poste dans la seconde moitié du XVIIe siècle. À partir de l’annexion française, la poste aux chevaux constitue un monopole dans le cadre de la Ferme. La poste aux chevaux est officiellement la seule habilitée à transporter les voyageurs et les dépêches du roi ou du public.
Les maîtres de poste continuent de gérer leurs relais, dont ils sont souvent propriétaires. Ils demeurent des officiers royaux même si leur charge peut être commuée en commission accordée par
brevet royal tout en devenant auxiliaire de la Ferme qui les contrôle. Leur occupation principale est de prêter leur concours au transport rapide des courriers chargés du service du roi et du public en leur procurant des chevaux de relais. Ils doivent tenir leurs écuries garnies d’un nombre de chevaux suffisant pour satisfaire aux besoins ordinaires du service. Les maîtres de poste doivent également fournir des montures à des personnages officiels en mission. À Strasbourg, la poste aux chevaux est établie en dehors de l’enceinte de la ville, devant la porte des Bouchers, sans doute pour pouvoir loger plus commodément les nombreux chevaux que réclame le service des voyageurs. Le monopole du transport des voyageurs est battu en brèche par l’existence de coches concurrents d’où de nombreux litiges.
Vers 1728 apparaissent les voitures postales découvertes, les « brouettes », simples caisses en
osier. À la fin du XVIIIe siècle, Turgot opère une importante réforme : il retire à la Ferme la gestion des messageries pour constituer une administration générale des diligences, carrosses et messageries qui lance bientôt sur les routes du royaume les célères Turgotines. Une ultime réforme est entreprise en 1785 avec une nouvelle séparation de la poste aux lettres et aux chevaux avec la direction générale des postes aux chevaux, des relais et messageries.
En 1793, les premières malles-postes sont mises en service en Alsace. Elles disposent de la priorité de passage sur les routes. La grande malle-poste à quatre roues accepte jusqu’à quatre voyageurs pour les longs itinéraires. Le petit modèle à deux roues transporte deux voyageurs pour les petits trajets.
Le réseau des routes postales se développe sous la Restauration et la Monarchie de Juillet avant de connaître son déclin avec la construction des lignes de chemin de fer à partir de 1839. Le relais de la cour du Corbeau à Strasbourg est fermé en 1854, c’est de là que partaient les diligences vers Lyon, Bâle et Mannheim. Les autres relais sont démontés au fur et à mesure de l’ouverture de nouvelles voies ferrées. Tous les relais de poste sont supprimés le 1er mars 1870.
Sources - Bibliographie
REUSS (Rodolphe), L’Alsace au XVIIe siècle, tome 1, Paris, 1897, p. 648-658.
DUPOUY (Michel), La Poste en Alsace au temps jadis jusqu’à la Révolution, Strasbourg, 1963.
BRAUN ( Jean), « Les routes postales en Alsace de l’époque romaine au milieu du XIXe siècle », Diligence d’Alsace, numéro spécial, Strasbourg, 1982.
BLUCHE (François), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, 1990, p. 1237-1238.
LACOURT (Philippe), MUNCH (Paul-Bernard), Auberges et relais de poste, espaces de vie, fenêtres sur le monde, Riedisheim, Société d’histoire du Sundgau, 2016.
V. Poste aux lettres, Poste (Maître de), Postillon
La poste aux lettres et les messagers (Boten)
Le Cursus publicus des Romains
Dès la création d’États dans des espaces culturels utilisant l’écriture, se pose le problème de la transmission d’ordres écrits de la capitale vers les régions éloignées ou entre les différentes provinces.
Le premier service postal bien organisé en Alsace est le cursus publicus des Romains. Cette poste d’Etat transmet par cavaliers et relais, à la cadence d’environ 150 km par 24 h, les ordres et les missives des empereurs de Rome jusqu’aux provinces les plus éloignées en empruntant les voies bien entretenues qui irriguent tout l’Empire. Il ne s’agit donc pas d’un service public de correspondances privées, mais du transport du courrier officiel, les particuliers ont l’interdiction d’utiliser ces messagers d’État, sous peine de sanctions extrêmement sévères qui peuvent aller jusqu’à la peine de mort.
Le réseau est tracé dès la République romaine, avec des relais tous les 12 km en moyenne ou bien des gîtes d’étape, des hôtelleries distantes de 30 à 45 km. Les relais portent le nom de positiones, stations placées le long des routes militaires d’où l’étymologie du mot poste. Les messages de l’empereur sont transportés par de jeunes cavaliers veredarii, ou par des voitures à cheval à deux roues cisium ou à quatre roues rheda. En Alsace, les routes du cursus publicus sont connues par la table de Peutinger exécutée aux XIIe et XIIIe siècles d’après une carte dressée au Bas-Empire et qui précise les routes militaires. En Alsace, l’axe majeur arrive de Mandeure près de Montbéliard, passe par Kembs, Horbourg, Ehl, Strasbourg, Brumath, Seltz et se poursuit vers Spire le long de la vallée du Rhin. Une autre route relie Strasbourg à Metz par Saverne.
Les messagers du Moyen Âge
Au cours du Moyen Âge, l’essor démographique, économique et culturel favorise les échanges et la
multiplication de la correspondance écrite entre les bourgeois, les étudiants et bien entendu les autorités religieuses et politiques. Le Ier Statut urbain de Strasbourg (UBS I 473 § 88-89) précise que l’évêque de Strasbourg dispose de 24 legati (messagers), choisis parmi les bourgeois de la corporation des marchands de la ville. Chacun doit fournir trois voyages par an dans les limites de l’évêché (Dupouy, 1963, p. 15). La ville de Strasbourg emploie un corps professionnel de messagers jurés geschworene Läuferbotten pour le transport du courrier, au moins depuis la fin du XIIIe siècle. En 1400, le Sénat de Strasbourg édicte un règlement concernant ses messagers qui se déplacent à cheval accompagnés de valets.
L’ordonnance (datée de 1400 par un archiviste) (AVES 1 MR 30 fol. 63) précise que les messagers
en service entre Strasbourg, les Vosges et la Forêt-Noire doivent jurer de ne pas demander plus de six deniers par lieue de distance. S’ils sont obligés de traverser les montagnes, ils ne doivent pas dépasser huit deniers par lieue. Ils ne doivent pas emporter d’autres messages que ceux de la ville sans la permission du secrétaire ou de l’Ammeister. Ils ne doivent pas emporter de lettres non scellées, ni de lettres de bonne vie et mœurs sans la permission de l’Ammeister (Dupouy, 1963, p. 22-23). Un nouveau règlement de 1443, édicté avec comme titre
« Les messagers à pied » (die Löffere), reprend les dispositions de 1400 avec, en outre, la mention : « On doit désormais avoir trois messagers jurés, personnes de grande honorabilité ; ils doivent constamment porter la boîte sur eux ; tous les deux ans, ils auront droit à huit aunes de toile pour un costume, cinq sols d’indemnité pour vêtements et tous les Quatre-Temps, cinq sols de prime en plus du salaire habituel. » (AVES 1 MR 17 fol. 177-179)
Selon l’ordonnance de 1484 (AVES 1 MR 1 fol. 172-173), la ville de Strasbourg emploie désormais trois messagers et 21 messagers auxiliaires choisis par les membres du Conseil des XXI. « Ils doivent être de bonne moralité, pieux, fidèles et honnêtes. Ils doivent toujours porter sur eux leur boîte, soit en ville, soit à la campagne. » Cette ordonnance reprend certaines dispositions antérieures comme l’interdiction de confier le message à une autre personne ou l’interdiction de s’adonner au jeu. Le tarif reste fixé à huit deniers par lieue ; il est cependant précisé que les messagers obligés de passer les montagnes en allant en Souabe ou en Suisse où commencent les grandes lieues, peuvent demander un schilling par grande lieue. À ces messagers sont adjoints des auxiliaires pour les courses à l’intérieur de la ville. Désormais, le corps de messagers jurés semble bien organisé sous les ordres du chancelier. Comme tous les employés de la ville, le messager s’engage par serment à garder le secret de toutes les affaires de la ville, à faire parvenir les lettres à leurs destinataires, mais également à ne pas porter des lettres privées sans le consentement du Magistrat. Ces messagers transportent aussi bien les missives de la ville que les lettres privées. En échange d’une redevance, la ville leur délivre du drap pour leurs vêtements, une pique et quelques indemnités.
À partir du XVe siècle, les principales villes alsaciennes emploient des messagers qui portent habituellement la livrée et un insigne avec les armoiries de la ville. À Colmar, un messager de
la ville est mentionné dès 1363 pour la correspondance officielle. Dans la première moitié du XVe siècle, on dénombre une moyenne de 120 lettres envoyées par an. En 1400, Colmar emploie deux messagers : Scherer qui fait une course jusqu’en Bohème et à Francfort, et Russelin envoyé à Ulm et en Souabe (AMC Kaufhausbuch, 1400-1403, Sittler, 1967, p. 20 et 27). La transmission des lettres privées commence à être organisée dès 1432. Au XVIe siècle, on fait la distinction entre les Ratsbotten, messagers du Conseil, pour les courriers officiels du Magistrat, et les Zubotten, messagers adjoints mentionnés pour la première fois en 1518, au service occasionnel de la Ville et principalement au service des bourgeois.
Au XVe siècle, Mulhouse emploie un messager du Magistrat, Stattbot, un adjoint Zubott et un messager à cheval Uberreyter pour les longues distances (Oberlé, Fillinger).
La fonction de messager apparaît parfois décriée, voire dangereuse. Sébastien Brant dans la Nef des Fous critique les messagers. Il leur reproche d’être bruyants et mal élevés, de divulguer le contenu des lettres, de ne pas remettre les lettres en bon état à leurs destinataires et de s’adonner à la boisson. Les messagers peuvent aussi être agressés au cours de leurs courses. Ainsi, en 1538, un messager bâlois meurt entre Bâle et Colmar dans des circonstances mal éclairées. En 1556, un messager colmarien est assassiné dans la forêt bernoise.
Les États modernes et l’affermage des services de la poste aux lettres
Vu son importance économique et politique, la poste aux lettres devient une préoccupation des Etats à l’aube de l’époque moderne. En France, le pouvoir royal met en place une poste aux lettres contrôlée par l’État. L’édit de 1464 signé par Louis XI crée une poste royale uniquement réservée aux communications gouvernementales avec la mise à disposition des montures nécessaires aux cavaliers. En 1576, les messagers royaux sont autorisés à se charger du port des correspondances privées.
Dans le Saint Empire : les Thurn und Taxis
Dans le Saint Empire, et plus précisément sur les territoires des Habsbourg (Saint Empire, Pays-Bas, Espagne), le monopole des postes est progressivement confié à la famille de Tassis, plus tard dénommée Thurn und Taxis. En 1495, François de Tassis organise la première véritable ligne postale entre Vienne et Malines, siège du gouvernement des Pays-Bas, et prolongée en Alsace au XVIe siècle vers Haguenau, Strasbourg et Ensisheim, puis vers Bâle et Fribourg-en-Brisgau. Dès 1501, l’archiduc d’Autriche Philippe Ier confirme François de Tassis comme « capitaine et maître de nos Postes ». Le long des routes sont installés des relais postaux avec la possibilité pour les messagers de changer de chevaux, de se restaurer et de passer la nuit. Le contrat du 12 novembre 1516 dispose que François et Baptiste de Tassis doivent entretenir des relais avec deux chevaux en réserve dans chacun d’eux. Pourtant, à côté de cette poste d’Empire qui dispose du monopole pour le courrier officiel et qui accepte la correspondance privée, subsistent les services postaux des seigneuries et des villes.
En 1521, une route postale traverse l’Alsace avec quatre postes entre Ensisheim et Rheinhausen, village situé sur la rive droite du Rhin, en face de Spire, et véritable plaque tournante du réseau de la poste impériale.
Les Thurn und Taxis imposent progressivement en Alsace leur organisation postale. Cependant, le titulaire à Strasbourg est nommé par la ville qui ne veut pas se voir imposer un étranger. Balthasar Krauth occupe les fonctions de maître de poste à Strasbourg de 1629 à 1668, puis son fils Jean Balthasar de 1668 à 1681. Les marchands de Strasbourg organisent leur service postal. Ils désignent l’un d’entre eux pour recevoir et mettre en paquet leurs correspondances de départ ainsi que leurs envois d’argent. Le premier titulaire est Jean de Turckheim, le second, mentionné en 1601, Jean Linsenmeyer. Ce responsable n’assure pas le transport, mais remet les dépêches qu’il forme à un cavalier de la poste impériale. De son côté, ce cavalier collecte à son domicile le courrier des usagers (étudiants, nobles...) et le transporte par ses soins à Rheinhausen, où il le remet à la poste impériale. Au retour, le cavalier rapporte la dépêche destinée à Strasbourg. Il dépose au bureau de la poste des marchands le courrier qui leur est destiné et conserve les lettres de ses propres clients.
La ville de Colmar calque son organisation sur celle de Strasbourg et confie son courrier à un messager piéton qui se rend à Strasbourg. Il prend les lettres et l’argent des commerçants au Koïfhus et le transporte à Strasbourg. De même, il rapporte les correspondances de Strasbourg à Colmar. Une liste est affichée au Koïfhus à chaque arrivée. Ce piéton est payé et nourri par la ville. Il conserve une part des taxes perçues sur les lettres en guise de revenu. Devant l’importance grandissante de son trafic, Colmar désigne en février 1623, son premier directeur de la poste aux lettres, Jörg Willig. À Noël 1627, à l’initiative de Jean Linsenmeyer, un messager à cheval est engagé pour garantir plus de régularité et plus de rapidité dans le service postal entre Strasbourg et Colmar.
Les postes de la monarchie française
La poste impériale des Thurn und Taxis est progressivement évincée d’Alsace après la guerre de Trente Ans pour laisser la place à l’administration postale française, plus avancée dans la centralisation des services du courrier. Dans le royaume de France, le contrôle général des postes est remplacé en 1629 par la surintendance générale des postes et relais de France. Sous le règne de Louis XIV, les institutions postales d’Ancien Régime trouvent leur organisation définitive. Le roi concède à un acheteur pour une somme et pour un temps déterminé, le droit d’exploiter à son profit personnel ce service qui fonctionne globalement d’une manière fort satisfaisante (Bély, p. 1006). La poste royale française se compose en fait de deux administrations : la poste aux lettres qui achemine les correspondances du Roi, des services publics et des particuliers ainsi que la poste aux chevaux qui assure le transport des voyageurs et des paquets. Mais ces deux postes sont souvent confondues car ce sont les mêmes personnes et les mêmes relais qui assurent les deux services (Dupouy, 1963, p. 68). Le surintendant général des postes contrôle le fermier. Il fixe les tarifs postaux et veille au respect des règlements En 1685, il publie un tarif et le règlement des droits pour les ports de lettres, en fonction de la destination. La taxe de port des lettres et paquets est acquittée par les destinataires ; elle est fixée en fonction de quatre tarifs pour les lettres et du poids pour les paquets.
L’extension de la Ferme royale des postes à l’Alsace (1636-1675)
En Alsace, dès 1636, le roi de France nomme Gratien Desplette « maistre des Courriers de la
Haute et Basse Alsace et des autres lieux d’Allemagne qui doivent demeurer sous notre obédience
suivant le traité de paix d’Allemagne conclu à Munster ». Ce premier maître des courriers de la
poste royale en Alsace est chargé de l’implantation et de l’organisation du service postal. À partir de 1668, le marquis de Louvois, surintendant des postes, consolide la poste aux lettres dans les provinces. Il liquide le régime des offices et fonde la Ferme des postes, dont il signe le premier bail en 1672. À partir de novembre 1675, les arrêts et règlements du roi de France en matière postale deviennent applicables en Alsace. En 1676, Jean Fabre, sieur de Roussillon, est nommé responsable des postes pour le duché de Lorraine et l’Alsace au nom de Louvois.
Deux nouvelles routes postales sont ouvertes à partir de Nancy : la première par Saint-Dié vers
Colmar, la seconde vers Philippsbourg, tandis que la plus ancienne, de Nancy à Strasbourg par Phalsbourg est maintenue. Très rapidement, l’administration de toutes les postes en Alsace passe
dans les mains du gouvernement royal. Le 21 novembre 1681, défense est faite sous peines sévères
de se servir d’autres moyens pour expédier lettres et paquets que la poste royale, à l’exception des localités sans bureau de poste. Le système antérieur des messagers municipaux est donc aboli. Louvois conclut cependant des conventions avec les Taxis pour les liaisons avec l’Empire et Bâle.
Agent personnel de Louvois, Charles de Courcelles, premier directeur du bureau de Strasbourg, écarte sans ménagement le maître de poste Jean Balthasar Krauth et installe la poste royale, supprimant toutes les postes particulières locales. La poste de Strasbourg joue un rôle central dans le courrier à destination de l’Allemagne grâce aux conventions du 15 décembre 1681 avec la poste impériale et du 10 octobre 1682, avec les Bâlois et avec Huningue comme bureau de transit. Au décès de Louvois, en 1691, la poste d’Alsace est rattachée à la Ferme générale des postes. De véritables dynasties de responsables des bureaux de poste se mettent en place dans les grandes villes comme les familles Chauffour à Colmar ou Defresney à Strasbourg de 1693 à 1757.
Une poste des marchands à Mulhouse
La République de Mulhouse décide de mettre en place un service officiel de poste en 1673. Elle régularise ainsi à cette occasion la Poste aux marchands qui était assurée par un cavalier postal nommé Pierre Dumont. Le courrier échangé avec la poste royale française transite par le bureau de Huningue. Le courrier pour les cantons suisses continue comme par le passé à passer directement par Bâle. Dumont perçoit un manteau et dix quartauts d’avoine pour ses chevaux et les taxes des lettres à l’arrivée. Il assure deux liaisons par semaine. Le système de la ferme est introduit en 1693 au profit de François Mignot. Le messager de Mulhouse n’est plus un employé municipal mais l’acquéreur d’un bail à terme pour neuf ans. Dans le traité d’union à la République française du 28 janvier 1798, l’article 10 prévoit expressément le maintien de la poste aux lettres existante et le directeur mulhousien des Postes est confirmé dans ses fonctions. Pourtant, très rapidement, la poste mulhousienne se fond dans l’administration postale française.
L’essor de la poste au XVIIIe siècle
Au cours du XVIIIe siècle, les liaisons postales se multiplient en Alsace avec l’amélioration des routes et l’augmentation des bureaux de poste. En 1789, il existe vingt-quatre bureaux dans la province, douze en Basse Alsace et douze en Haute Alsace dont plusieurs dans les places-fortes comme Fort-Louis, Landau, Neuf-Brisach ou Huningue pour les dépêches militaires.
Poste de la République et de l’Empire
Aboli lors de la Révolution, le système de la Ferme est rétabli en 1795 pour assurer à l’État un revenu de 13 millions de livres. Il disparaît définitivement en 1801 avec la création du monopole d’État pour la poste aux lettres. Le service des estafettes est chargé des plis officiels urgents à travers l’Empire avec un service quotidien entre Paris et Strasbourg à partir de 1805. Les plis officiels sont enfermés dans un portefeuille dont l’expéditeur et le destinataire possèdent chacun une clé. Ce système est complété et concurrencé par le télégraphe optique à partir de 1799 avec deux lignes à partir de Strasbourg vers Paris et vers Bâle.
Sources - Bibliographie
AVES 1 MR (mandats & règlements) 30 fol. 63 (ordonnance datée de 1400 par un archiviste).
AVES 1 MR 17 fol. 177-179.
AVES 1 MR 1 fol 172-173.
Archives d’Alsace Strasbourg C 386 poste aux lettres (1767).
Archives d’Alsace Colmar 1 Z 925 messagerie 1803-1832 sous-préfecture Altkirch-Mulhouse.
AA Colmar 6 P 1–6 messageries 1800-1832.
AMC Kaufhausbuch, 1400-1403, p. 20 et 27.
Urkundenbuch der Stadt Strassburg, I, p. 473 § 88-89.
VAILLE (Eugène), Histoire générale des postes françaises, Paris, 1947-1955, 6 vol.
DUPOUY (Michel), La Poste en Alsace au temps jadis jusqu’à la Révolution, Strasbourg, 1963.
GACHOT (Henri), Histoire de la poste aux lettres à Strasbourg, Saverne, 1964.
DUPOUY (Michel), La Poste en Alsace au cours des âges. Des origines à 1870, Strasbourg, 1966.
SITTLER (Lucien), « La poste à Colmar du Moyen Âge au début du XXe siècle », Annuaire de la société historique et littéraire de Colmar, 1967, p. 20-35.
2000 ans de communications en Alsace, Strasbourg, Les Amis de l’Histoire des PTT d’Alsace, 1974.
OBERLE (Raymond), FILLINGER (Albert), La poste à Mulhouse, Mulhouse, 1974.
BRAUN ( Jean), « Les routes postales en Alsace de l’époque romaine au milieu du XIXe siècle », Diligence d’Alsace, numéro spécial, Strasbourg, 1982.
BLUCHE (François), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, 1990, p. 1238-1239.
BELY (Lucien), Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, 1996, p. 1006-1008.
V. Petite Poste, Poste aux chevaux, Télégraphe
Les postes privées locales : la Petite Poste de Strasbourg
Dès 1653, un service de distribution de lettres pour des correspondants résidant dans la ville de Paris est mis en place, sous le nom de « Petite Poste ». En 1779, Jean Louis Auvrest crée la Petite Poste de Strasbourg pour le courrier intra urbain et des faubourgs. Quarante-neuf boîtes aux lettres sont installées en ville et dans les faubourgs, non pas sur la voie publique mais chez des commerçants. Ces boîtes sont levées quatre fois par jour. Le courrier est porté au bureau établi rue des Juifs. Les lettres et les paquets sont timbrés et distribués dans la même journée. Quatorze facteurs et deux surnuméraires sont employés par la Petite Poste strasbourgeoise. Le prix pour une lettre est fixé à deux sols pour la ville et les faubourgs et à trois sols pour la citadelle et la banlieue. La Petite Poste de Strasbourg assure un service quotidien vers 150 villes et villages en Basse-Alsace comme Illkirch, Obernai ou Wasselonne, appelé « service de la banlieue ». Alors que la Petite Poste de Strasbourg ne fonctionne que depuis six mois, le Conseil d’Etat décide, le 28 juin 1780, de supprimer les privilèges des petites postes et de réunir leur organisation à la grande poste du royaume. À Strasbourg, le trafic reste faible et déficitaire. La Petite Poste de Strasbourg est cependant maintenue provisoirement jusqu’au 1er mars 1781.
Sources - Bibliographie
DUPOUY (Michel), La Poste en Alsace au temps jadis jusqu’à la Révolution, Strasbourg, 1963.
2000 ans de communications en Alsace, Strasbourg, Les Amis de l’Histoire des PTT d’Alsace, 1974.
V. Poste aux lettres.
Les métiers de la poste
Poste (Maître de) – Postmeister, Posthalter
Le maître de poste gère un relais de poste. Il assure le transport du courrier, des voyageurs et
des bagages. Il exerce en même temps les fonctions d’aubergiste et d’hôtelier pour les voyageurs.
Il emploie des postillons chargés de conduire les voitures jusqu’aux relais suivants. Jusqu’en 1725, il achète sa charge au surintendant général des postes sous forme de brevet. Après 1725, le brevet est délivré gratuitement par l’administration royale. Ainsi, Laurent Ziller est nommé maître de poste à Niederbronn le 10 novembre 1772 (AD 67 C 383 no 55) ou François Joseph Klein, maître de poste à Stutzheim, le 2 décembre 1786 (AD 67 C 385 no 169). La fonction est souvent exercée par des dynasties familiales.
Dans chaque relais, les chevaux affectés spécialement au service de la poste doivent être distincts des animaux employés à d’autres usages. À partir de la Révolution, l’administration détermine le nombre de chevaux à entretenir dans chaque relais, en fonction des besoins du service, comme quatorze chevaux à Altkirch ou à Kembs en 1791 (AD 68 L 705). Une ordonnance royale du 17 août 1786 fixe la tenue des maîtres de poste : « Un surtout à la française de drap bleu du roi, collet écarlate, rabattu et arrondi, parements bleus comme le surtout, doublure d’étoffe de laine écarlate, passepoil de même couleur avec un bordé d’argent sur le collet et les parements, veste unie à la française de drap couleur écarlate, culotte de la même couleur que la
veste, gros et petits boutons blancs aux armes du roi. » (AD 67 C 385 no 161).
Les différentes activités du maître de poste lui assurent généralement des revenus substantiels. À sa maigre indemnité s’ajoutent divers privilèges. Ainsi le maître de poste Keller à Altkirch peut débiter 100 mesures de vin sans payer l’Umgeld selon l’ordonnance royale du 30 juin 1681 (AM Altkirch L 1782). Cette même déclaration le dispense de la taille et du logement des gens de guerre. Obsolètes et dépassés par le développement du chemin de fer, les relais de poste sont tous supprimés le 1er mars 1870, les maîtres de poste conservant généralement leur auberge qui garde souvent dans son nom le terme de « poste ».
Sources - Bibliographie
AD 67 C 383-385 relais de poste (1747-1786).
AD 68 5 C 1528 maîtres des postes (XVIIIe siècle) (Intendance d’Alsace).
AD 68 1 Z 922 maîtres des postes (1807-1848) (sous-préfecture Altkirch-Mulhouse).
DUPOUY (Michel), La Poste en Alsace au temps jadis jusqu’à la Révolution, Strasbourg, 1963.
LACOURT (Philippe), MUNCH (Paul-Bernard), Auberges et relais de poste, espaces de vie, fenêtres sur le monde, Société d’histoire du Sundgau, Riedisheim, 2016.
V. Poste aux chevaux, Postillon.
Postillon – Postkutscher, Postillion
Le postillon est chargé de conduire les voyageurs des attelages de la poste à cheval, des diligences ou des malles-postes, puis de ramener les montures à leur relais d’origine. Il est recruté et rétribué par le maître de poste. Il chevauche le cheval en tête d’attelage, chaussé d’énormes bottes non articulées, en cuir rigide, qui protègent ses jambes contre les coups de timon. Il manie le fouet et annonce son arrivée ou son passage grâce à un cornet (Posthorn). La conduite des attelages s’avère souvent délicate en raison de l’état des routes, des problèmes de circulation et des éventuelles rixes avec les autres conducteurs de voitures. Il bénéficie normalement de la priorité sur les routes selon l’ordonnance royale du 4 février 1786 (AD 67 C 385). Une ordonnance royale du 17 août 1786 fixe sa tenue. Il porte une veste de drap bleu du roi avec une doublure d’étoffe de laine écarlate, un collet rabattu et arrondi de drap écarlate ainsi que le revers et les parements, des petits boutons blancs, un pantalon de peau et un chapeau à large bord. Son bras gauche est ceinturé d’un brassard sur lequel est cousue une plaque de métal aux armes du roi, numérotée, permettant son identification ou le nom de la poste à laquelle il est rattaché (AD 67 C 385). Sa veste est verte sous le Premier Empire.
Sources - Bibliographie
DUPOUY (Michel), La Poste en Alsace au temps jadis jusqu’à la Révolution, Strasbourg, 1963.
LACOURT (Philippe), MUNCH (Paul-Bernard), Auberges et relais de poste, espaces de vie, fenêtres sur le monde, Société d’histoire du Sundgau, Riedisheim, 2016.
V. Poste (maître de), Poste aux chevaux.