Prébende, Prébendier : Différence entre versions

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Au Moyen Âge et dans les siècles suivants, les
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Au Moyen Âge et dans les siècles suivants, les prébendiers, personnes à entretenir, sont nombreux
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et divers. Les hôpitaux ou les léproseries entretiennent des prébendiers. Ce sont soit des personnes malades entretenues dans ces maisons, soit des personnes saines ayant acheté leur prébende en versant un capital en échange d’une pension viagère. Il existe une différence entre personnes saines et personnes malades, les besoins n’étant pas les mêmes. La différence vient aussi du prix à payer au moment de l’accueil dans l’une de ces institutions.
et divers. Les hôpitaux ou les léproseries entre-
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À Strasbourg, par exemple, il existait, en plus des bâtiments communs (1468), trois maisons recevant les lépreux : le ''Schnelling'', pour les pauvres, une deuxième pour les femmes ayant acheté une prébende et une troisième pour les hommes ayant fait de même (V. [[Léproserie]]). Cette léproserie n’admettait comme prébendiers que les bourgeois de la ville. Les serfs non chasés (qui n’avaient ni maison – ''casa'' – ni lopin de terre en propre) et qui vivaient à la cour domaniale de leur seigneur, étaient également qualifiés de prébendiers, le seigneur les entretenant en échange de leur travail.<br>
tiennent des prébendiers. Ce sont soit des per-
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sonnes malades entretenues dans ces maisons, soit
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==== Les conditions de vie des prébendiers ====
des personnes saines ayant acheté leur prébende en
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Les comptes des institutions (hospices, hôpitaux, léproseries...) font apparaître qu’une part importante de leurs ressources provient de l’accueil des prébendiers qui versent un « droit d’entrée », conformément aux statuts, et qui sont les ''Pfründener''. Les prébendiers impécunieux ont la possibilité d’emprunter des fonds à l’institution qui les accueille, charge leur incombant de créer une rente au profit de cette dernière (Clementz, ''Les lépreux...'', p. 170). À Obernai, ils doivent par ailleurs apporter un trousseau composé de draps, nappes, serviettes, brocs, plats, marmite, pots et gobelet (''Médecine et assistance'', qui se fonde sur ABR, G1718/5 fo 11r et v, p. 73). Il existe une hiérarchie parmi les prébendiers. Par exemple, le directeur de l’hôpital de Haguenau doit léguer ses biens à cette institution pour garantir son honnêteté, moyennant quoi il est reçu comme pensionnaire de première classe dans ses vieux jours, ''Herrenpfründner'' (''Ibid.'', p. 76). Les catégories de prébendiers en riches, moyens ou pauvres se fondent sur leur niveau de fortune : argent, champs, vignes, maisons, rentes qui reviennent à l’institution et leur entretien varie en fonction de leurs biens. À Bouxwiller (''Ibid.'' p. 78), le prébendier riche est admis à la « table supérieure » et dispose d’une grande et d’une petite chambre pour 250 à 400 florins (selon les époques), le moyen s’assied à la « table moyenne » contre 150 à 200 florins, les derniers mangent à la table commune et logent à plusieurs dans une seule chambre pour un prix de 70 à 140 florins (Klein). Chacun d’eux doit se vêtir, apporter son mobilier et ne doit vendre ni literie ni linge (ABR G1718, 5). Le bois de chauffage est fourni. Les prébendiers pauvres sont tenus d’effectuer de menus travaux. Dans cette
versant un capital en échange d’une pension via-
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ville, l’hôpital accueille tout au plus 32 personnes (1622), Sélestat en accueille une douzaine (1684) (Adam). Un règlement régit l’hébergement dans ces institutions ; la transgression des divers articles est l’objet de poursuites. Ainsi, la bonne entente entre les prébendiers est obligatoire, les injures et disputes et blasphèmes sont punis d’amendes, les critiques concernant les repas et les préposés proscrites, le vol de nourriture ou de vin entraine des peines. L’adultère et les mœurs libres peuvent conduire à la perte du bénéfice de la pension et des biens transmis. La léproserie de Strasbourg interdit même les mariages entre lépreux qui encourent la peine d’être renvoyés et de perdre leur prébende (Brucker, cité par Clementz, ''Les lépreux...'', p. 152).
gère. Il existe une différence entre personnes saines
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À Bouxwiller, les deux repas par jour sont servis à heure régulière (trois repas à Saverne), la viande fait partie du menu trois fois par semaine, la soupe aux lentilles ou aux pois figure au menu quotidien, à l’exception du vendredi où l’on mange du hareng, de la morue, du fromage et du pain bis. Les jours de fête sont servis un rôti et du pain blanc, agrémentés d’un dessert à Pâques (gâteaux et flans).
et personnes malades, les besoins n’étant pas les
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Ces repas sont pris à la lumière du jour, les luminaires étant économisés. Ces derniers sont du reste interdits aux pensionnaires pour éviter les incendies (''Médecine et assistance'', p.80-81).<br>
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moment de l’accueil dans l’une de ces institutions.
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À Strasbourg, par exemple, il existait, en plus des
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Les soins correspondent à la médicine pratiquée en ces temps, soit essentiellement par des barbiers et, dans les villes d’une certaine importance, par un médecin formé et assermenté, engagé par la ville, le ''physicus'' (v. [[Médecine]]). Les soins consistent en saignées, pansements, ventouses, bains, diète ou nourriture plus riche (pain blanc, vin). Les épidémies étant légion et la prophylaxie inexistante, les décès sont nombreux. Les sépultures sont simples, les traces archivistiques concernant les émoluments d’un prêtre ou d’un chantre font défaut, le prix des cercueils est pris en charge par l’institution.<br>
bâtiments communs (1468), trois maisons recevant
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les lépreux : le Schnelling, pour les pauvres, une deu-
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==== L’encadrement religieux ====
xième pour les femmes ayant acheté une prébende
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Quasiment tous les établissements recevant des prébendiers possèdent une église ou une chapelle assurant une vie spirituelle commune par le biais des offices. À chacune de ces églises ou chapelles est attaché un (ou plusieurs) bénéfice dont le titulaire assure des charges bien définies (''Médecine et assistance'', p. 81). Par ailleurs, les repas sont précédés de prières, le jeûne est suivi aux jours prescrits par l’Église, la morale chrétienne respectée sous peine de sanctions, voire de l’exclusion.<br>
et une troisième pour les hommes ayant fait de
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même (Clementz, notice Léproserie). Cette lépro-
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==== Us et coutumes de l’hôpital d’Issenheim ====
serie n’admettait comme prébendiers que les bour-
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Cet établissement reçoit de nombreux prébendiers dont les obligations et les droits sont détaillés dans l’ouvrage d’E. Clementz (''Les Antonins...'') Au moment de leur admission, ils prêtent « le serment de fidélité et de respecter tout ce qui est écrit ici et de promouvoir le bien du couvent ». En échange de leur prise en charge, ils lèguent leurs biens, opération qui correspond à une rente viagère. Cette pratique est attestée en Alsace dès 1270 ou 1278 (Saverne) ou à Strasbourg en 1282. Aux fonctions hospitalières s’ajoutent celles d’une maison recevant les personnes âgées, ce qui, petit à petit, se fait au détriment des pauvres et conduit à transformer les institutions d’assistance en maison de retraite.<br>
geois de la ville. Les serfs non chasés (qui n’avaient
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ni maison – casa – ni lopin de terre en propre) et
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qui vivaient à la cour domaniale de leur seigneur,
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GRIMM, ''Wörterbuch (1854-1960)'' : https://woerterbuch-netz.de/?sigle=DWB#1.<br>
étaient également qualifiés de prébendiers, le sei-
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gneur les entretenant en échange de leur travail.
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NIERMEYER ( Jan Frederik), ''Mediae Latinitatis Lexikon Minus'' : http://linguaeterna.com/medlat/list.php?letter=P.<br>
Les conditions de vie des prébendiers
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Les comptes des institutions (hospices, hôpi-
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BRUCKER ( Johann Karl), ''Straßburger Zunft- und Polizeiverordnungen des 14. und 15. Jahrhunderts'', Strasbourg, 1889, p. 44.<br>
taux, léproseries...) font apparaître qu’une part
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importante de leurs ressources provient de l’ac-
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PFLEGER (Lucien), ''Die elsässische Pfarrei: ihre Entstehung und Entwicklung: ein Beitrag zur kirchlichen Rechts- und Kulturgeschichte'', Strasbourg, 1936.<br>
cueil des prébendiers qui versent un « droit d’en-
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trée », conformément aux statuts, et qui sont les
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ADAM (Pierre), ''Annuaire de la Société des Amis de la Bibliothèque de Sélestat'', 1958, p. 53.<br>
Pfründener. Les prébendiers impécunieux ont la
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possibilité d’emprunter des fonds à l’institution
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LIVET (Georges) et SCHAFF (Georges), « Les établissements d’assistance en Basse-Alsace au début du XVIIe siècle », ''Médecine et assistance en Alsace, XVIe-XXe siècle'', Strasbourg, 1976, p. 71-81.<br>
qui les accueille, charge leur incombant de créer
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une rente au profit de cette dernière (Clementz,
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KLEIN (Ch.), Études et documents, p. 19.<br>
Les lépreux..., p. 170). À Obernai, ils doivent par
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ailleurs apporter un trousseau composé de draps,
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CLEMENTZ (Elisabeth), ''Les Antonins d’Issenheim. Essor et dérive d’une vocation hospitalière à la lumière du temporel'', Strasbourg, 1998, p. 128 et suivantes.<br>
nappes, serviettes, brocs, plats, marmite, pots et go-
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belet (Médecine et assistance, qui se fonde sur ABR,
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CLEMENTZ (Élisabeth), ''Les lépreux en Alsace : marginaux, exclus, intercesseurs ?'', Paris, 2022 (recensant d’innombrables exemples de prébendiers).
G1718/5 fo 11r et v, p. 73). Il existe une hiérarchie
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parmi les prébendiers. Par exemple, le directeur de
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== Notices connexes ==
l’hôpital de Haguenau doit léguer ses biens à cette
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[[Bénéfice ecclésiastique]]<br>
institution pour garantir son honnêteté, moyennant
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quoi il est reçu comme pensionnaire de première
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classe dans ses vieux jours, Herrenpfründner (Ibid., p. 76). Les catégories de prébendiers en riches,
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moyens ou pauvres se fondent sur leur niveau de
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fortune : argent, champs, vignes, maisons, rentes
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qui reviennent à l’institution et leur entretien varie
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en fonction de leurs biens. À Bouxwiller (Ibid.
 
p. 78), le prébendier riche est admis à la « table su-
 
périeure » et dispose d’une grande et d’une petite
 
chambre pour 250 à 400 florins (selon les époques),
 
le moyen s’assied à la « table moyenne » contre 150
 
à 200 florins, les derniers mangent à la table com-
 
mune et logent à plusieurs dans une seule chambre
 
pour un prix de 70 à 140 florins (Klein). Chacun
 
d’eux doit se vêtir, apporter son mobilier et ne doit
 
vendre ni literie ni linge (ABR G1718, 5). Le bois
 
de chauffage est fourni. Les prébendiers pauvres
 
sont tenus d’effectuer de menus travaux. Dans cette
 
ville, l’hôpital accueille tout au plus 32 personnes
 
(1622), Sélestat en accueille une douzaine (1684)
 
(Adam). Un règlement régit l’hébergement dans
 
ces institutions ; la transgression des divers articles
 
est l’objet de poursuites. Ainsi, la bonne entente
 
entre les prébendiers est obligatoire, les injures
 
et disputes et blasphèmes sont punis d’amendes,
 
les critiques concernant les repas et les préposés
 
proscrites, le vol de nourriture ou de vin entraine
 
des peines. L’adultère et les mœurs libres peuvent
 
conduire à la perte du bénéfice de la pension et des
 
biens transmis. La léproserie de Strasbourg inter-
 
dit même les mariages entre lépreux qui encourent
 
la peine d’être renvoyés et de perdre leur prébende
 
(Brucker, cité par Clementz, Les lépreux..., p. 152).
 
À Bouxwiller, les deux repas par jour sont servis
 
à heure régulière (trois repas à Saverne), la viande
 
fait partie du menu trois fois par semaine, la soupe
 
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à l’exception du vendredi où l’on mange du hareng,
 
de la morue, du fromage et du pain bis. Les jours
 
de fête sont servis un rôti et du pain blanc, agré-
 
mentés d’un dessert à Pâques (gâteaux et flans).
 
Ces repas sont pris à la lumière du jour, les lumi-
 
naires étant économisés. Ces derniers sont du reste
 
interdits aux pensionnaires pour éviter les incen-
 
dies (Médecine et assistance, p. 80-81).
 
Les soins médicaux
 
Les soins correspondent à la médicine pratiquée
 
en ces temps, soit essentiellement par des barbiers
 
et, dans les villes d’une certaine importance, par un
 
médecin formé et assermenté, engagé par la ville, le
 
physicus (v. Médecine). Les soins consistent en sai-
 
gnées, pansements, ventouses, bains, diète ou nour-
 
riture plus riche (pain blanc, vin). Les épidémies
 
étant légion et la prophylaxie inexistante, les décès
 
sont nombreux. Les sépultures sont simples, les
 
traces archivistiques concernant les émoluments d’un prêtre ou d’un chantre font défaut, le prix des
 
cercueils est pris en charge par l’institution.
 
L’encadrement religieux
 
Quasiment tous les établissements recevant des
 
prébendiers possèdent une église ou une chapelle
 
assurant une vie spirituelle commune par le biais
 
des offices. À chacune de ces églises ou chapelles
 
est attaché un (ou plusieurs) bénéfice dont le titu-
 
laire assure des charges bien définies (Médecine et
 
assistance, p. 81). Par ailleurs, les repas sont précé-
 
dés de prières, le jeûne est suivi aux jours prescrits
 
par l’Église, la morale chrétienne respectée sous
 
peine de sanctions, voire de l’exclusion.
 
Us et coutumes de l’hôpital d’Issenheim
 
Cet établissement reçoit de nombreux prében-
 
diers dont les obligations et les droits sont détaillés
 
dans l’ouvrage d’E. Clementz (Les Antonins...) Au
 
moment de leur admission, ils prêtent « le serment
 
de fidélité et de respecter tout ce qui est écrit ici et
 
de promouvoir le bien du couvent ». En échange
 
de leur prise en charge, ils lèguent leurs biens, opé-
 
ration qui correspond à une rente viagère. Cette
 
pratique est attestée en Alsace dès 1270 ou 1278
 
(Saverne) ou à Strasbourg en 1282. Aux fonctions
 
hospitalières s’ajoutent celles d’une maison rece-
 
vant les personnes âgées, ce qui, petit à petit, se fait
 
au détriment des pauvres et conduit à transformer
 
les institutions d’assistance en maison de retraite.
 
GRIMM, Wörterbuch (1854-1960) : https://woerterbuch-
 
netz.de/?sigle=DWB#1.
 
NIERMEYER ( Jan Frederik), Mediae Latinitatis Lexikon
 
Minus : http://linguaeterna.com/medlat/list.php?letter=P.
 
BRUCKER ( Johann Karl), Straßburger Zunft- und
 
Polizeiverordnungen des 14. und 15. Jahrhunderts, Strasbourg,
 
1889, p. 44.
 
PFLEGER (Lucien), Die elsässische Pfarrei: ihre Entstehung
 
und Entwicklung: ein Beitrag zur kirchlichen Rechts- und
 
Kulturgeschichte, Strasbourg, 1936.
 
ADAM (Pierre), Annuaire de la Société des Amis de la
 
Bibliothèque de Sélestat, 1958, p. 53.
 
LIVET (Georges) et SCHAFF (Georges), « Les établisse-
 
ments d’assistance en Basse-Alsace au début du XVIIe siècle »,
 
Médecine et assistance en Alsace, XVIe-XXe siècle, Strasbourg,
 
1976, p. 71-81.
 
KLEIN (Ch.), Études et documents, p. 19.
 
CLEMENTZ (Elisabeth), Les Antonins d’Issenheim. Essor
 
et dérive d’une vocation hospitalière à la lumière du temporel,
 
Strasbourg, 1998, p. 128 et suivantes.
 
CLEMENTZ (Élisabeth), Les lépreux en Alsace : marginaux,
 
exclus, intercesseurs ?, Paris, 2022 (recensant d’innombrables
 
exemples de prébendiers).
 
V. Bénéfice ecclésiastique, Léproserie, Médecine,
 
Physicus.
 
 
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Version actuelle datée du 3 mai 2026 à 14:11

Pfründe, Pfründener, beneficium, praebenda, praebendarius

Les termes français et allemands recouvrent le même sens et ont la même étymologie, venant du verbe latin praebere, fournir, praebenda (adjectif verbal) signifiant ce qui doit être fourni, ce qui doit assurer l’entretien d’une personne.

Les différentes prébendes

Le bénéfice ecclésiastique (geistliches beneficium) est un « office ou charge ecclésiastique auquel est attaché l’usufruit d’un bien pour assurer la subsistance du desservant ou bénéficier chargé de rendre les services prescrits par les canons, l’usage ou la fondation ». Le bénéfice, autre terme pour prébende, a été étudié dans la notice éponyme (v. Bénéfice). Elle concerne les curés, vicaires et chanoines, ces derniers disposant d’une praebenda sine cura [animarum], donc d’une sinécure, d’une prébende sans charge d’âmes (sans charge pastorale).

La prébende, constitution de pension, signifie l’entretien, les éléments dont une personne a besoin pour vivre, la nourriture y compris. Elle est un contrat relatif à la prise en charge dans une fondation (Stift), une maison d’accueil pour les pauvres (Armenhaus), un hôpital (Spital), un hospice (Verpflegungshaus) ou une léproserie (Gutleuthaus, leprosorium) (v. Léproserie) et désigne aussi la situation vécue par une personne dans un tel lieu. Elle indique également une fonction (Amt) et les revenus (Einkünfte) qui en sont issus, dans une administration communale, ainsi que le salaire annuel perçu par un « employé » municipal, par exemple le gardien de troupeaux. Ce salaire est versé par les propriétaires du bétail. Cependant, à Zillisheim, les animaux reproducteurs doivent être libres de prébende (sollen pfruendtfrey sein) (Grimm, IV 70). La prébende concerne de même la distribution quotidienne ou occasionnelle d’aliments à une communauté religieuse ou la livraison quotidienne d’aliments à un seul ecclésiastique.

Les différents prébendiers

Au Moyen Âge et dans les siècles suivants, les prébendiers, personnes à entretenir, sont nombreux et divers. Les hôpitaux ou les léproseries entretiennent des prébendiers. Ce sont soit des personnes malades entretenues dans ces maisons, soit des personnes saines ayant acheté leur prébende en versant un capital en échange d’une pension viagère. Il existe une différence entre personnes saines et personnes malades, les besoins n’étant pas les mêmes. La différence vient aussi du prix à payer au moment de l’accueil dans l’une de ces institutions. À Strasbourg, par exemple, il existait, en plus des bâtiments communs (1468), trois maisons recevant les lépreux : le Schnelling, pour les pauvres, une deuxième pour les femmes ayant acheté une prébende et une troisième pour les hommes ayant fait de même (V. Léproserie). Cette léproserie n’admettait comme prébendiers que les bourgeois de la ville. Les serfs non chasés (qui n’avaient ni maison – casa – ni lopin de terre en propre) et qui vivaient à la cour domaniale de leur seigneur, étaient également qualifiés de prébendiers, le seigneur les entretenant en échange de leur travail.

Les conditions de vie des prébendiers

Les comptes des institutions (hospices, hôpitaux, léproseries...) font apparaître qu’une part importante de leurs ressources provient de l’accueil des prébendiers qui versent un « droit d’entrée », conformément aux statuts, et qui sont les Pfründener. Les prébendiers impécunieux ont la possibilité d’emprunter des fonds à l’institution qui les accueille, charge leur incombant de créer une rente au profit de cette dernière (Clementz, Les lépreux..., p. 170). À Obernai, ils doivent par ailleurs apporter un trousseau composé de draps, nappes, serviettes, brocs, plats, marmite, pots et gobelet (Médecine et assistance, qui se fonde sur ABR, G1718/5 fo 11r et v, p. 73). Il existe une hiérarchie parmi les prébendiers. Par exemple, le directeur de l’hôpital de Haguenau doit léguer ses biens à cette institution pour garantir son honnêteté, moyennant quoi il est reçu comme pensionnaire de première classe dans ses vieux jours, Herrenpfründner (Ibid., p. 76). Les catégories de prébendiers en riches, moyens ou pauvres se fondent sur leur niveau de fortune : argent, champs, vignes, maisons, rentes qui reviennent à l’institution et leur entretien varie en fonction de leurs biens. À Bouxwiller (Ibid. p. 78), le prébendier riche est admis à la « table supérieure » et dispose d’une grande et d’une petite chambre pour 250 à 400 florins (selon les époques), le moyen s’assied à la « table moyenne » contre 150 à 200 florins, les derniers mangent à la table commune et logent à plusieurs dans une seule chambre pour un prix de 70 à 140 florins (Klein). Chacun d’eux doit se vêtir, apporter son mobilier et ne doit vendre ni literie ni linge (ABR G1718, 5). Le bois de chauffage est fourni. Les prébendiers pauvres sont tenus d’effectuer de menus travaux. Dans cette ville, l’hôpital accueille tout au plus 32 personnes (1622), Sélestat en accueille une douzaine (1684) (Adam). Un règlement régit l’hébergement dans ces institutions ; la transgression des divers articles est l’objet de poursuites. Ainsi, la bonne entente entre les prébendiers est obligatoire, les injures et disputes et blasphèmes sont punis d’amendes, les critiques concernant les repas et les préposés proscrites, le vol de nourriture ou de vin entraine des peines. L’adultère et les mœurs libres peuvent conduire à la perte du bénéfice de la pension et des biens transmis. La léproserie de Strasbourg interdit même les mariages entre lépreux qui encourent la peine d’être renvoyés et de perdre leur prébende (Brucker, cité par Clementz, Les lépreux..., p. 152). À Bouxwiller, les deux repas par jour sont servis à heure régulière (trois repas à Saverne), la viande fait partie du menu trois fois par semaine, la soupe aux lentilles ou aux pois figure au menu quotidien, à l’exception du vendredi où l’on mange du hareng, de la morue, du fromage et du pain bis. Les jours de fête sont servis un rôti et du pain blanc, agrémentés d’un dessert à Pâques (gâteaux et flans). Ces repas sont pris à la lumière du jour, les luminaires étant économisés. Ces derniers sont du reste interdits aux pensionnaires pour éviter les incendies (Médecine et assistance, p.80-81).

Les soins médicaux

Les soins correspondent à la médicine pratiquée en ces temps, soit essentiellement par des barbiers et, dans les villes d’une certaine importance, par un médecin formé et assermenté, engagé par la ville, le physicus (v. Médecine). Les soins consistent en saignées, pansements, ventouses, bains, diète ou nourriture plus riche (pain blanc, vin). Les épidémies étant légion et la prophylaxie inexistante, les décès sont nombreux. Les sépultures sont simples, les traces archivistiques concernant les émoluments d’un prêtre ou d’un chantre font défaut, le prix des cercueils est pris en charge par l’institution.

L’encadrement religieux

Quasiment tous les établissements recevant des prébendiers possèdent une église ou une chapelle assurant une vie spirituelle commune par le biais des offices. À chacune de ces églises ou chapelles est attaché un (ou plusieurs) bénéfice dont le titulaire assure des charges bien définies (Médecine et assistance, p. 81). Par ailleurs, les repas sont précédés de prières, le jeûne est suivi aux jours prescrits par l’Église, la morale chrétienne respectée sous peine de sanctions, voire de l’exclusion.

Us et coutumes de l’hôpital d’Issenheim

Cet établissement reçoit de nombreux prébendiers dont les obligations et les droits sont détaillés dans l’ouvrage d’E. Clementz (Les Antonins...) Au moment de leur admission, ils prêtent « le serment de fidélité et de respecter tout ce qui est écrit ici et de promouvoir le bien du couvent ». En échange de leur prise en charge, ils lèguent leurs biens, opération qui correspond à une rente viagère. Cette pratique est attestée en Alsace dès 1270 ou 1278 (Saverne) ou à Strasbourg en 1282. Aux fonctions hospitalières s’ajoutent celles d’une maison recevant les personnes âgées, ce qui, petit à petit, se fait au détriment des pauvres et conduit à transformer les institutions d’assistance en maison de retraite.

Sources - Bibliographie

GRIMM, Wörterbuch (1854-1960) : https://woerterbuch-netz.de/?sigle=DWB#1.

NIERMEYER ( Jan Frederik), Mediae Latinitatis Lexikon Minus : http://linguaeterna.com/medlat/list.php?letter=P.

BRUCKER ( Johann Karl), Straßburger Zunft- und Polizeiverordnungen des 14. und 15. Jahrhunderts, Strasbourg, 1889, p. 44.

PFLEGER (Lucien), Die elsässische Pfarrei: ihre Entstehung und Entwicklung: ein Beitrag zur kirchlichen Rechts- und Kulturgeschichte, Strasbourg, 1936.

ADAM (Pierre), Annuaire de la Société des Amis de la Bibliothèque de Sélestat, 1958, p. 53.

LIVET (Georges) et SCHAFF (Georges), « Les établissements d’assistance en Basse-Alsace au début du XVIIe siècle », Médecine et assistance en Alsace, XVIe-XXe siècle, Strasbourg, 1976, p. 71-81.

KLEIN (Ch.), Études et documents, p. 19.

CLEMENTZ (Elisabeth), Les Antonins d’Issenheim. Essor et dérive d’une vocation hospitalière à la lumière du temporel, Strasbourg, 1998, p. 128 et suivantes.

CLEMENTZ (Élisabeth), Les lépreux en Alsace : marginaux, exclus, intercesseurs ?, Paris, 2022 (recensant d’innombrables exemples de prébendiers).

Notices connexes

Bénéfice ecclésiastique

Léproserie

Médecine

Physicus

Monique Debus Kehr