Procession : Différence entre versions
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Le 21 octobre 1681, devançant Louis XIV entrant dans Strasbourg, une imposante procession de plusieurs centaines de prêtres et religieux catholiques venus d’Alsace se dirigent vers la cathédrale où les accueille l’évêque. (Louis Chatellier, ''Histoire de Strasbourg'' III, 381-382). La procession faisait son retour dans la république luthérienne conquise en une manifestation éclatante de catholicité publique et massive. Et pour la plus grande partie de la population, agressive ! | Le 21 octobre 1681, devançant Louis XIV entrant dans Strasbourg, une imposante procession de plusieurs centaines de prêtres et religieux catholiques venus d’Alsace se dirigent vers la cathédrale où les accueille l’évêque. (Louis Chatellier, ''Histoire de Strasbourg'' III, 381-382). La procession faisait son retour dans la république luthérienne conquise en une manifestation éclatante de catholicité publique et massive. Et pour la plus grande partie de la population, agressive ! | ||
=== Procession rituel politique === | === Procession rituel politique === | ||
| + | En Alsace, la procession est un rituel politique, celui qui marque l’attachement public à la religion du souverain en l’occurrence à la « religion du roi ». Dès 1682, la monarchie impose dans tout le diocèse, la procession de la Fête-Dieu (juin) puis au 15 août, la fête de l’Assomption et du vœu de Louis XIII (voir [[Liturgie catholique]]) (Chatellier, ''Tradition chrétienne et renouveau catholique'' p. 219).<br> | ||
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| + | Comme avant la Réforme, l’itinéraire des processions strasbourgeoises doit assurer le lien entre les paroisses catholiques restaurées de la ville. Mais au XVIIIe siècle les confréries catholiques de plus en plus importantes, élèvent par endroits des reposoirs décorés de draperies, de fleurs et de cierges : ils sont gardés par la troupe (Châtellier, ''Histoire de Strasbourg'' III,p. 386). La population protestante doit manifester son respect, sous peine de sanctions, et chaque année, la Fête-Dieu entraine des incidents plus ou moins graves (Johann Adam, ''Evangelische Kirchngeschichte der Stadt Strassburg'', 1922, p. 440-442).<br> | ||
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| + | C’est par la procession, le jour de la Saint-Louis, le 25 août que l’on marque le rétablissement du culte catholique dans les églises où l’on établit le ''simultaneum'' à Dorlisheim, avec la foule de tous les villages environnants. Il en va de même à Duttlenheim (Châtellier, ''Tradition chrétienne et renouveau catholique'', p. 312-313).<br> | ||
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| + | La procession, cortège ou défilé public est un affichage : en 1702, l’ouverture de la nouvelle université catholique de Strasbourg « se fit en grande pompe le 20 juin 1702 « et pour que ce corps brillât à jamais aux yeux de la population protestante de l’éclat insigne et exclusif de la faveur royale, on institua une procession solennelle de docteurs, qui se célébra depuis, chaque année, au commencement de juillet » (Dagobert Fischer, « La dissolution de l’ordre des Jésuites en Alsace », ''RA'', 1875). | ||
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=== Procession rituel sotériologique, méthode missionnaire === | === Procession rituel sotériologique, méthode missionnaire === | ||
=== Cortège des cérémonies officielles de la cité === | === Cortège des cérémonies officielles de la cité === | ||
Version du 15 juin 2026 à 15:44
Prozession, Bittgang, Gottsgang, Kreuzgang
Procession (Moyen Âge)
La procession (du latin procedere, aller en avant) est une marche à caractère rituel et communautaire, que l’on retrouve dans la plupart des religions.
Elle va d’un point de départ à un point d’arrivée, qui peut être identique au point de départ, et s’accompagne normalement de chants et de prières.
Elle peut avoir lieu à l’intérieur d’une église ou à l’extérieur. Elle peut aussi bien s’insérer dans la liturgie la plus classique que s’épanouir avec de multiples variantes dans la dévotion populaire (Ph. Rouillard, Catholicisme Hier, aujourd’hui, demain, 11 c. 1111-1113).
Les processions liturgiques
Certaines processions liturgiques permettent de revivre les « entrées » de Jésus : la procession
du 2 février pour la Chandeleur correspond à la présentation au Temple. La procession des Rameaux met en scène l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem.
La procession du cierge pascal apparaît au XIIe siècle lors de la vigile de Pâques. Après la bénédiction du feu en-dehors de l’église, les fidèles entrent dans l’église derrière le cierge pascal, symbole de la lumière du Christ.
En plus de ces processions qui ont lieu chaque année, des événements extraordinaires tels les translations de reliques donnaient également lieu à des processions.
Les processions votives ou populaires
Parmi elles, il faut citer la procession de la Fête-Dieu, instituée en 1264, et les processions
mariales lors des principales fêtes de la Vierge.
En France, la procession du 15 août connaît un succès particulier depuis que Louis XIII a consacré le Royaume à Notre-Dame (1638). La procession des Rogations (du latin, rogatio, demande, prière) remonte au haut Moyen Âge. À l’époque, elle avait lieu les trois jours précédant
l’Ascension. La communauté paroissiale, croix et bannières en tête, faisait le tour du ban ou à défaut se rendait alternativement aux extrémités du ban parfois marqués par une croix, pour demander la bénédiction divine sur les travaux des champs et les futures récoltes. Les fêtes patronales sont aussi l’occasion de processions au cours desquelles on porte la statue du saint patron dans les rues du village. À l’occasion, les reliques d’un saint et /ou le Saint-Sacrement accompagnaient la procession.
La formation des paroisses s’est faite progressivement à partir du haut Moyen Âge. Au départ, plusieurs villages se rendaient à l’église-mère, qui était leur église paroissiale. Au fil du temps, chaque village s’est doté d’une église, mais le lien avec l’ancienne église-mère se traduisait chaque année par une procession vers celle-ci. Ainsi, les communautés de Soultzmatt, Westhalten, Bergholtz, Orschwihr, Rouffach, Gundolsheim, Pfaffenheim relevaient à l’origine de l’église-mère Saint-Martin du Bollenberg. Après la création d’une église dans chacune de ces localités, leurs paroissiens se rendaient une fois par an en procession à celle du Bollenberg.
Les processions vers des lieux de pèlerinage deviennent nombreuses à partir de la fin du Moyen Âge – par exemple celles de la paroisse de Rouffach aux sanctuaires mariaux du Schaefertal, du Schauenberg et de Thierenbach – et plus encore à l'époque moderne. En 1625, Thierenbach accueillait des processions venant de plus de vingt localités de la Hardt.
De nombreuses processions étaient décrétées et initiées par le Magistrat des villes pour implorer la protection de la cité en temps de guerre, contre les épidémies (peste), les maladies (syphilis), les mauvaises récoltes, ou alors en action de grâce pour un bienfait obtenu. À Strasbourg, depuis 1356, a lieu à la Saint-Luc une procession qui commémore le fait que la ville n’a guère souffert du tremblement de terre qui, à cette date, a ravagé la ville de Bâle.
À ces occasions, le Magistrat édictait des consignes très strictes. En 1444, pour la procession
de la Fête-Dieu à Colmar, tout un chacun doit y participer dans son meilleur habit en l’honneur
du Saint-Sacrement. En 1434-1435, le Magistrat de Colmar, en accord avec les chanoines de Saint-Martin, décrète, en raison d’épidémies, d’intempéries et de cherté, une procession à laquelle devra participer toute personne âgée de plus de 12 ans, pieds nus et en habit de laine, c’est-à-dire en tenue de pénitent. Au courant de la procession, il sera défendu de bavarder, les femmes devront rester avec les femmes et les hommes avec les hommes, sous peine de 30 ß d’amende. Pendant la procession, tout travail en ville est interdit. Aucun magasin ni aucune auberge ne devront être ouverts, et personne ne sera autorisé à quitter la ville tôt le matin pour travailler. À Strasbourg aussi, la procession pour la Fête-Dieu 1472 est strictement réglementée par le Magistrat : aux corporations, aux écoliers, aux chanoines, aux autres prêtres est assignée une place, que chacun doit respecter, sans dépasser les autres, sans s’attrouper ni se pousser dans les ruelles étroites. On défend aux porteurs de cierges d’accrocher des verres ou des gourdes avec du vin à leur porte-cierge (AVES 1MR 2, p. 159-161). Une gravure sur bois du XVe siècle représente la procession organisée à Strasbourg en 1477 pour fêter la victoire sur Charles le Téméraire (Iconoclasme, p. 188).
En tête du cortège était porté le Saint-Sacrement, suivi par le clergé. Puis venait la grande croix-reliquaire de la cathédrale, portée par les Franciscains et suivie par les hommes. Les Dominicains portaient la Vierge miraculeuse, qui était suivie par les femmes. Ces exemples montrent que lorsque la procession est organisée par le Magistrat, la participation de tout un chacun relève d’une obligation civique et non d’un acte de dévotion personnel. La procession, c’est aussi la communauté en marche dans un ordre exprimant sa hiérarchie. La place occupée par les corporations dans la procession est révélatrice de leur rang. Si d’une année à l’autre, l’une d’entre elles se retrouve reléguée plus loin du Saint-Sacrement, il s’agit d’une atteinte grave à son honneur. C’est pour avoir perdu leur place dans la procession du Saint-Sacrement en 1495 que les compagnons boulangers de Colmar entament une grève qui durera dix ans.
Lors de l’introduction de la Réforme, les processions sont abolies. Ainsi, en 1534, le Magistrat de Strasbourg a fait « fermer la paroisse de Saint-Étienne pour faire cesser les processions qu’on faisait au sépulcre de sainte Attale » (AVES AA 2580). Lors de la réintroduction du catholicisme à partir de 1681, une série de prescriptions impose aux protestants une attitude de déférence lors du passage du Saint-Sacrement. Certaines processions donnent lieu à des excès contre les protestants, brutalisés ou contraints de s’agenouiller : les doléances du Convent ecclésiastique, l’organe de direction de l’Église luthérienne de Strasbourg, sont nombreuses à ce sujet. Mais il arrive aussi que le passage d’une procession dans un village protestant suscite des moqueries, qui peuvent conduire à des bagarres.
Sources - Bibliographie
AMS 1MR 1, fo 107, 1MR 2, fo 17v et passim, 1MR 3, fo 18 et passim, 1MR 53, fo 2.
LEVY ( Joseph), La suppression des processions dans la Haute-Alsace pendant la grande Révolution (1791-1801), Strasbourg, 1905.
WALTER ( Joseph), « Les processions de la cathédrale au Moyen Âge », WILMART (D. André), L’ancien cantorium de l’église de Strasbourg, Colmar, 1928, p. 93-115.
SITTLER (Lucien), « Prozessionen und Bittgänge im Colmar des 15. Jahrhunderts », AEKG, 1936, p.137-142.
PFLEGER (Luzian), « Die Stadt- und Rats-Gottesdienste im Strassburger Münster », AEKG, 1937, p.1-55.
BARTH (Medard), « Frohnleichnamsbräuche im mittelalterlichen Strassburg », AEA, 1958, p.233-235.
SCHLUND (Bertrand), Processions et itinéraires traditionnels de Thierenbach au XXe siècle, Strasbourg, 1983.
SCHLUND (Bertrand), « Les processions votives de Soultz et Rouffach à Thierenbach », AEA, 1986, p. 113-120.
SIGNORI (Gabriela), « Ritual und Ereignis. Die Straßburger Bittgänge zur Zeit der Burgunderkriege (1474-77) », Historische Zeitschrift 264, 1997, p. 281-328.
SCHNEIDER ( Joachim), « Imitation de Rome et topographie urbaine. Le développement de Strasbourg au début du 2e millénaire », RA 125, 1999, p. 7-16.
MULLER (Christine), « Processions à Obernai du XVe au XVIIIe siècle », ADBO 34, 2000, p.121-142.
FREY (Marguerite), « Processions, croix et chapelles à Ammerschwihr », Annuaire des 4 sociétés d’histoire de la vallée de la Weiss, 2004, p. 45-66.
JORDAN (Benoît), « Fêtes et processions : une occupation rituelle de l’espace public », RA : Fêtes en Alsace de l’Antiquité à nos jours, 141, 2015, p. 157-177.
FÖLLMI (Beat), « Liturgie et processions au Moyen Âge du XIe au XIVe siècle. La cathédrale au cœur d’une topologie sacrée », GRAPPE (Christian) (dir.), La cathédrale de Strasbourg en sa ville. Le spirituel et le temporel, Strasbourg, 2020, p. 87-92.
Notices connexes
Procession (époque moderne à 1815)
Le 21 octobre 1681, devançant Louis XIV entrant dans Strasbourg, une imposante procession de plusieurs centaines de prêtres et religieux catholiques venus d’Alsace se dirigent vers la cathédrale où les accueille l’évêque. (Louis Chatellier, Histoire de Strasbourg III, 381-382). La procession faisait son retour dans la république luthérienne conquise en une manifestation éclatante de catholicité publique et massive. Et pour la plus grande partie de la population, agressive !
Procession rituel politique
En Alsace, la procession est un rituel politique, celui qui marque l’attachement public à la religion du souverain en l’occurrence à la « religion du roi ». Dès 1682, la monarchie impose dans tout le diocèse, la procession de la Fête-Dieu (juin) puis au 15 août, la fête de l’Assomption et du vœu de Louis XIII (voir Liturgie catholique) (Chatellier, Tradition chrétienne et renouveau catholique p. 219).
Comme avant la Réforme, l’itinéraire des processions strasbourgeoises doit assurer le lien entre les paroisses catholiques restaurées de la ville. Mais au XVIIIe siècle les confréries catholiques de plus en plus importantes, élèvent par endroits des reposoirs décorés de draperies, de fleurs et de cierges : ils sont gardés par la troupe (Châtellier, Histoire de Strasbourg III,p. 386). La population protestante doit manifester son respect, sous peine de sanctions, et chaque année, la Fête-Dieu entraine des incidents plus ou moins graves (Johann Adam, Evangelische Kirchngeschichte der Stadt Strassburg, 1922, p. 440-442).
C’est par la procession, le jour de la Saint-Louis, le 25 août que l’on marque le rétablissement du culte catholique dans les églises où l’on établit le simultaneum à Dorlisheim, avec la foule de tous les villages environnants. Il en va de même à Duttlenheim (Châtellier, Tradition chrétienne et renouveau catholique, p. 312-313).
La procession, cortège ou défilé public est un affichage : en 1702, l’ouverture de la nouvelle université catholique de Strasbourg « se fit en grande pompe le 20 juin 1702 « et pour que ce corps brillât à jamais aux yeux de la population protestante de l’éclat insigne et exclusif de la faveur royale, on institua une procession solennelle de docteurs, qui se célébra depuis, chaque année, au commencement de juillet » (Dagobert Fischer, « La dissolution de l’ordre des Jésuites en Alsace », RA, 1875).