Procession : Différence entre versions
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| + | Parmi elles, il faut citer la procession de la Fête-Dieu, instituée en 1264, et les processions | ||
| + | mariales lors des principales fêtes de la Vierge. | ||
| + | En France, la procession du 15 août connaît un succès particulier depuis que Louis XIII a consacré le Royaume à Notre-Dame (1638). La procession des Rogations (du latin, ''rogatio'', demande, prière) remonte au haut Moyen Âge. À l’époque, elle avait lieu les trois jours précédant | ||
| + | l’Ascension. La communauté paroissiale, croix et bannières en tête, faisait le tour du ban ou à défaut se rendait alternativement aux extrémités du ban parfois marqués par une croix, pour demander la bénédiction divine sur les travaux des champs et les futures récoltes. Les fêtes patronales sont aussi l’occasion de processions au cours desquelles on porte la statue du saint patron dans les rues du village. À l’occasion, les reliques d’un saint et /ou le Saint-Sacrement accompagnaient la procession.<br> | ||
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| + | La formation des paroisses s’est faite progressivement à partir du haut Moyen Âge. Au départ, plusieurs villages se rendaient à l’église-mère, qui était leur église paroissiale. Au fil du temps, chaque village s’est doté d’une église, mais le lien avec l’ancienne église-mère se traduisait chaque année par une procession vers celle-ci. Ainsi, les communautés de Soultzmatt, Westhalten, Bergholtz, Orschwihr, Rouffach, Gundolsheim, Pfaffenheim relevaient à l’origine de l’église-mère Saint-Martin du Bollenberg. Après la création d’une église dans chacune de ces localités, leurs paroissiens se rendaient une fois par an en procession à celle du Bollenberg.<br> | ||
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| + | Les processions vers des lieux de pèlerinage deviennent nombreuses à partir de la fin du Moyen Âge – par exemple celles de la paroisse de Rouffach aux sanctuaires mariaux du Schaefertal, du Schauenberg et de Thierenbach – et plus encore à l'époque moderne. En 1625, Thierenbach accueillait des processions venant de plus de vingt localités de la Hardt.<br> | ||
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| + | De nombreuses processions étaient décrétées et initiées par le Magistrat des villes pour implorer la protection de la cité en temps de guerre, contre les épidémies (peste), les maladies (syphilis), les mauvaises récoltes, ou alors en action de grâce pour un bienfait obtenu. À Strasbourg, depuis 1356, a lieu à la Saint-Luc une procession qui commémore le fait que la ville n’a guère souffert du tremblement de terre qui, à cette date, a ravagé la ville de Bâle.<br> | ||
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| + | À ces occasions, le Magistrat édictait des consignes très strictes. En 1444, pour la procession | ||
| + | de la Fête-Dieu à Colmar, tout un chacun doit y participer dans son meilleur habit en l’honneur | ||
| + | du Saint-Sacrement. En 1434-1435, le Magistrat de Colmar, en accord avec les chanoines de Saint-Martin, décrète, en raison d’épidémies, d’intempéries et de cherté, une procession à laquelle devra participer toute personne âgée de plus de 12 ans, pieds nus et en habit de laine, c’est-à-dire en tenue de pénitent. Au courant de la procession, il sera défendu de bavarder, les femmes devront rester avec les femmes et les hommes avec les hommes, sous peine de 30 ß d’amende. Pendant la procession, tout travail en ville est interdit. Aucun magasin ni aucune auberge ne devront être ouverts, et personne ne sera autorisé à quitter la ville tôt le matin pour travailler. À Strasbourg aussi, la procession pour la Fête-Dieu 1472 est strictement réglementée par le Magistrat : aux corporations, aux écoliers, aux chanoines, aux autres prêtres est assignée une place, que chacun doit respecter, sans dépasser les autres, sans s’attrouper ni se pousser dans les ruelles étroites. On défend aux porteurs de cierges d’accrocher des verres ou des gourdes avec du vin à leur porte-cierge (AVES 1MR 2, p. 159-161). Une gravure sur bois du XVe siècle représente la procession organisée à Strasbourg en 1477 pour fêter la victoire sur Charles le Téméraire (''Iconoclasme'', p. 188). | ||
| + | En tête du cortège était porté le Saint-Sacrement, suivi par le clergé. Puis venait la grande croix-reliquaire de la cathédrale, portée par les Franciscains et suivie par les hommes. Les Dominicains portaient la Vierge miraculeuse, qui était suivie par les femmes. Ces exemples montrent que lorsque la procession est organisée par le Magistrat, la participation de tout un chacun relève d’une obligation civique et non d’un acte de dévotion personnel. La procession, c’est aussi la communauté en marche dans un ordre exprimant sa hiérarchie. La place occupée par les corporations dans la procession est révélatrice de leur rang. Si d’une année à l’autre, l’une d’entre elles se retrouve reléguée plus loin du Saint-Sacrement, il s’agit d’une atteinte grave à son honneur. C’est pour avoir perdu leur place dans la procession du Saint-Sacrement en 1495 que les compagnons boulangers de Colmar entament une grève qui durera dix ans.<br> | ||
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| + | Lors de l’introduction de la Réforme, les processions sont abolies. Ainsi, en 1534, le Magistrat | ||
| + | de Strasbourg a fait « fermer la paroisse de Saint-Étienne pour faire cesser les processions qu’on faisait au sépulcre de sainte Attale » (AVES AA 2580). Lors de la réintroduction du catholicisme à partir de 1681, une série de prescriptions impose aux protestants une attitude de déférence lors du passage du Saint-Sacrement. Certaines processions donnent lieu à des excès contre les protestants, brutalisés ou contraints de s’agenouiller : les doléances du Convent ecclésiastique, l’organe de direction de l’Église luthérienne de Strasbourg, sont nombreuses à ce sujet. Mais il arrive aussi que le passage d’une procession dans un village protestant suscite des moqueries, qui peuvent conduire à des bagarres. | ||
=== Sources - Bibliographie === | === Sources - Bibliographie === | ||
Version du 15 juin 2026 à 15:28
Sommaire
Procession (Moyen Âge)
La procession (du latin procedere, aller en avant) est une marche à caractère rituel et communautaire, que l’on retrouve dans la plupart des religions.
Elle va d’un point de départ à un point d’arrivée, qui peut être identique au point de départ, et s’accompagne normalement de chants et de prières.
Elle peut avoir lieu à l’intérieur d’une église ou à l’extérieur. Elle peut aussi bien s’insérer dans la liturgie la plus classique que s’épanouir avec de multiples variantes dans la dévotion populaire (Ph. Rouillard, Catholicisme Hier, aujourd’hui, demain, 11 c. 1111-1113).
Les processions liturgiques
Certaines processions liturgiques permettent de revivre les « entrées » de Jésus : la procession
du 2 février pour la Chandeleur correspond à la présentation au Temple. La procession des Rameaux met en scène l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem.
La procession du cierge pascal apparaît au XIIe siècle lors de la vigile de Pâques. Après la bénédiction du feu en-dehors de l’église, les fidèles entrent dans l’église derrière le cierge pascal, symbole de la lumière du Christ.
En plus de ces processions qui ont lieu chaque année, des événements extraordinaires tels les translations de reliques donnaient également lieu à des processions.
Les processions votives ou populaires
Parmi elles, il faut citer la procession de la Fête-Dieu, instituée en 1264, et les processions
mariales lors des principales fêtes de la Vierge.
En France, la procession du 15 août connaît un succès particulier depuis que Louis XIII a consacré le Royaume à Notre-Dame (1638). La procession des Rogations (du latin, rogatio, demande, prière) remonte au haut Moyen Âge. À l’époque, elle avait lieu les trois jours précédant
l’Ascension. La communauté paroissiale, croix et bannières en tête, faisait le tour du ban ou à défaut se rendait alternativement aux extrémités du ban parfois marqués par une croix, pour demander la bénédiction divine sur les travaux des champs et les futures récoltes. Les fêtes patronales sont aussi l’occasion de processions au cours desquelles on porte la statue du saint patron dans les rues du village. À l’occasion, les reliques d’un saint et /ou le Saint-Sacrement accompagnaient la procession.
La formation des paroisses s’est faite progressivement à partir du haut Moyen Âge. Au départ, plusieurs villages se rendaient à l’église-mère, qui était leur église paroissiale. Au fil du temps, chaque village s’est doté d’une église, mais le lien avec l’ancienne église-mère se traduisait chaque année par une procession vers celle-ci. Ainsi, les communautés de Soultzmatt, Westhalten, Bergholtz, Orschwihr, Rouffach, Gundolsheim, Pfaffenheim relevaient à l’origine de l’église-mère Saint-Martin du Bollenberg. Après la création d’une église dans chacune de ces localités, leurs paroissiens se rendaient une fois par an en procession à celle du Bollenberg.
Les processions vers des lieux de pèlerinage deviennent nombreuses à partir de la fin du Moyen Âge – par exemple celles de la paroisse de Rouffach aux sanctuaires mariaux du Schaefertal, du Schauenberg et de Thierenbach – et plus encore à l'époque moderne. En 1625, Thierenbach accueillait des processions venant de plus de vingt localités de la Hardt.
De nombreuses processions étaient décrétées et initiées par le Magistrat des villes pour implorer la protection de la cité en temps de guerre, contre les épidémies (peste), les maladies (syphilis), les mauvaises récoltes, ou alors en action de grâce pour un bienfait obtenu. À Strasbourg, depuis 1356, a lieu à la Saint-Luc une procession qui commémore le fait que la ville n’a guère souffert du tremblement de terre qui, à cette date, a ravagé la ville de Bâle.
À ces occasions, le Magistrat édictait des consignes très strictes. En 1444, pour la procession
de la Fête-Dieu à Colmar, tout un chacun doit y participer dans son meilleur habit en l’honneur
du Saint-Sacrement. En 1434-1435, le Magistrat de Colmar, en accord avec les chanoines de Saint-Martin, décrète, en raison d’épidémies, d’intempéries et de cherté, une procession à laquelle devra participer toute personne âgée de plus de 12 ans, pieds nus et en habit de laine, c’est-à-dire en tenue de pénitent. Au courant de la procession, il sera défendu de bavarder, les femmes devront rester avec les femmes et les hommes avec les hommes, sous peine de 30 ß d’amende. Pendant la procession, tout travail en ville est interdit. Aucun magasin ni aucune auberge ne devront être ouverts, et personne ne sera autorisé à quitter la ville tôt le matin pour travailler. À Strasbourg aussi, la procession pour la Fête-Dieu 1472 est strictement réglementée par le Magistrat : aux corporations, aux écoliers, aux chanoines, aux autres prêtres est assignée une place, que chacun doit respecter, sans dépasser les autres, sans s’attrouper ni se pousser dans les ruelles étroites. On défend aux porteurs de cierges d’accrocher des verres ou des gourdes avec du vin à leur porte-cierge (AVES 1MR 2, p. 159-161). Une gravure sur bois du XVe siècle représente la procession organisée à Strasbourg en 1477 pour fêter la victoire sur Charles le Téméraire (Iconoclasme, p. 188).
En tête du cortège était porté le Saint-Sacrement, suivi par le clergé. Puis venait la grande croix-reliquaire de la cathédrale, portée par les Franciscains et suivie par les hommes. Les Dominicains portaient la Vierge miraculeuse, qui était suivie par les femmes. Ces exemples montrent que lorsque la procession est organisée par le Magistrat, la participation de tout un chacun relève d’une obligation civique et non d’un acte de dévotion personnel. La procession, c’est aussi la communauté en marche dans un ordre exprimant sa hiérarchie. La place occupée par les corporations dans la procession est révélatrice de leur rang. Si d’une année à l’autre, l’une d’entre elles se retrouve reléguée plus loin du Saint-Sacrement, il s’agit d’une atteinte grave à son honneur. C’est pour avoir perdu leur place dans la procession du Saint-Sacrement en 1495 que les compagnons boulangers de Colmar entament une grève qui durera dix ans.
Lors de l’introduction de la Réforme, les processions sont abolies. Ainsi, en 1534, le Magistrat de Strasbourg a fait « fermer la paroisse de Saint-Étienne pour faire cesser les processions qu’on faisait au sépulcre de sainte Attale » (AVES AA 2580). Lors de la réintroduction du catholicisme à partir de 1681, une série de prescriptions impose aux protestants une attitude de déférence lors du passage du Saint-Sacrement. Certaines processions donnent lieu à des excès contre les protestants, brutalisés ou contraints de s’agenouiller : les doléances du Convent ecclésiastique, l’organe de direction de l’Église luthérienne de Strasbourg, sont nombreuses à ce sujet. Mais il arrive aussi que le passage d’une procession dans un village protestant suscite des moqueries, qui peuvent conduire à des bagarres.