Poêle : Différence entre versions
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| − | 1. Appareil de chauffage (v. ''[[Feu|Feuer]]'').<br> | + | 1. Appareil de chauffage (v. ''[[Feu (dans les habitations)|Feuer]]'').<br> |
2. Chambre chauffée : « Je demeurais tout le jour seul, enfermé dans un poêle, où j’avais tout loisir de m’entretenir de mes pensées » (René Descartes, ''Discours de la méthode'' (1637). V.''[[Haus]]''.<br> | 2. Chambre chauffée : « Je demeurais tout le jour seul, enfermé dans un poêle, où j’avais tout loisir de m’entretenir de mes pensées » (René Descartes, ''Discours de la méthode'' (1637). V.''[[Haus]]''.<br> | ||
| − | 3. Local de réunion, de repas, de banquet. Débit | + | 3. Local de réunion, de repas, de banquet. Débit de boissons, auberge. |
| − | de boissons, auberge. | + | Siège d’une association ou société, le plus généralement d’une corporation ou tribu.<br> |
| − | Siège d’une association ou société, le plus | + | |
| − | + | 4. Le terme ''Stube'' peut également signifier association ou assemblée ou chambre au sens d’instance délibérative. Ainsi, le terme sert à désigner à Strasbourg les Conseils des XIII, XV, XXI (''haben sich die drey geheimen stuben zusammengethan und deliberirt quod faciendum'', 1677, R. Reuss, ''Strassb. Chronik 1667-1710'' (éd. 1877), p. 68.<br> | |
| − | 4. Le terme Stube peut également signifier | + | |
| − | + | L’occurrence la plus fréquente est celle de débit de boissons, ou auberge, où se réunit une société ou association, et à partir du XIIIe siècle une corporation ou tribu.<br> | |
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| − | Strasbourg les Conseils des XIII, XV, XXI (haben | + | La ''Stube'' est un lieu de sociabilité urbaine. Alioth (''Gruppen an der Macht'', p. 166-217) a relevé l’ancrage des réseaux de sociabilité et de pouvoir des ''Stuben'' de Strasbourg, tout particulièrement des ''Stuben'' des ''constofeler'' et des patriciens, et noté qu’elles sont liées à la géographie des paroisses, elle-même liée à la géographie sociale de la ville. Ce n’est pas pour rien qu’après la révolution de 1332, quatre ''Trinkstuben'' patriciennes sont démolies, dont on découvre qu’elles étaient édifiées sur le terrain communal (''Allmend'') (Alioth p. 178, carte des ''Trinkstuben'' patriciennes).<br> |
| − | sich die drey geheimen stuben zusammengethan und | + | |
| − | deliberirt quod faciendum, 1677, R. Reuss, Strassb. | + | Au milieu du XIVe siècle, se produit dans les villes d’Alsace la prise du pouvoir par les corporations de métiers. « Chaque tribu avait un local ou Stube. C’était un lieu de réunion et de plaisir, où l’on buvait ferme, mangeait de même et jouait quelquefois, lorsque l’œil indiscret du Magistrat n’y mettait pas obstacle ; c’était enfin et avant tout le lieu d’assemblée en cas d’élection, d’alerte ou d’incendie, celui, en résumé, où se traitaient toutes les affaires particulières de la tribu. La gestion de ces établissements est confiée à des ''Stubenknechte'' avec à leur tête un ''Hauptkann'' ou échanson (v. ''[[Hauptkann]]'', le règlement de l’intendant de la ''Herrenstube'' de Sélestat). Dans les villes, les tribus ont désormais toutes leurs ''Zunftstuben'' et les notables leurs ''Herrenstuben'' (v. ''[[Herrenstube|Herrenstuben]]''), sises fort souvent à l’Hôtel de Ville, comme le ''Wagkeller'' de Colmar. |
| − | Chronik 1667-1710 (éd. 1877), p. 68. | ||
| − | L’occurrence la plus fréquente est celle de débit | ||
| − | de boissons, ou auberge, où se réunit une société ou | ||
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| − | La Stube est un lieu de sociabilité urbaine. Alioth | ||
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Dans son étude synthétique sur les Herrenstuben | Dans son étude synthétique sur les Herrenstuben | ||
d’Alsace (Revue d’Alsace, 1984), Lucien Sittler | d’Alsace (Revue d’Alsace, 1984), Lucien Sittler | ||
Version du 13 mai 2026 à 10:52
1. Appareil de chauffage (v. Feuer).
2. Chambre chauffée : « Je demeurais tout le jour seul, enfermé dans un poêle, où j’avais tout loisir de m’entretenir de mes pensées » (René Descartes, Discours de la méthode (1637). V.Haus.
3. Local de réunion, de repas, de banquet. Débit de boissons, auberge.
Siège d’une association ou société, le plus généralement d’une corporation ou tribu.
4. Le terme Stube peut également signifier association ou assemblée ou chambre au sens d’instance délibérative. Ainsi, le terme sert à désigner à Strasbourg les Conseils des XIII, XV, XXI (haben sich die drey geheimen stuben zusammengethan und deliberirt quod faciendum, 1677, R. Reuss, Strassb. Chronik 1667-1710 (éd. 1877), p. 68.
L’occurrence la plus fréquente est celle de débit de boissons, ou auberge, où se réunit une société ou association, et à partir du XIIIe siècle une corporation ou tribu.
La Stube est un lieu de sociabilité urbaine. Alioth (Gruppen an der Macht, p. 166-217) a relevé l’ancrage des réseaux de sociabilité et de pouvoir des Stuben de Strasbourg, tout particulièrement des Stuben des constofeler et des patriciens, et noté qu’elles sont liées à la géographie des paroisses, elle-même liée à la géographie sociale de la ville. Ce n’est pas pour rien qu’après la révolution de 1332, quatre Trinkstuben patriciennes sont démolies, dont on découvre qu’elles étaient édifiées sur le terrain communal (Allmend) (Alioth p. 178, carte des Trinkstuben patriciennes).
Au milieu du XIVe siècle, se produit dans les villes d’Alsace la prise du pouvoir par les corporations de métiers. « Chaque tribu avait un local ou Stube. C’était un lieu de réunion et de plaisir, où l’on buvait ferme, mangeait de même et jouait quelquefois, lorsque l’œil indiscret du Magistrat n’y mettait pas obstacle ; c’était enfin et avant tout le lieu d’assemblée en cas d’élection, d’alerte ou d’incendie, celui, en résumé, où se traitaient toutes les affaires particulières de la tribu. La gestion de ces établissements est confiée à des Stubenknechte avec à leur tête un Hauptkann ou échanson (v. Hauptkann, le règlement de l’intendant de la Herrenstube de Sélestat). Dans les villes, les tribus ont désormais toutes leurs Zunftstuben et les notables leurs Herrenstuben (v. Herrenstuben), sises fort souvent à l’Hôtel de Ville, comme le Wagkeller de Colmar.
Dans son étude synthétique sur les Herrenstuben
d’Alsace (Revue d’Alsace, 1984), Lucien Sittler
estime qu’elles ont disparu progressivement à partir
de la guerre de Trente Ans. Elles se prolongent
néanmoins dans les « cercles » et « casinos » des
villes et petites villes des XVIIIe et XIXe siècles.
Claude Betzinger (v. Herrenstuben de Strasbourg)
rappelle que jusqu’au 27 février 1790 les séances
de la Société des Amis de la Constitution de
Strasbourg (fondée le 15 janvier 1790) se tinrent
à la Herrenstube, avant d’occuper la salle du poêle
des Cordonniers.
Sources - Bibliographie
DRW.
SEYBOTH (Adolph), Das alte Strassburg vom 13.
Jahrhundert bis zum Jahre 1870. Geschichtliche Topographie
nach den Urkunden und Chroniken bearbeitet, Strasbourg, 1890,
p. 55, 73.
DORLAN (Alexandre), « Sélestat au XIVe siècle », RA,
1911, p. 5-34, 171-195.
PFLEGER (Alfred), « Die Schlettstadter Herrenstuben
und die Stubengesellschaften », JGSL, 1917, p. 38-70.
SCHNEIDER (Camille), Der Weihnachtsbaum und seine
Heimat, das Elsass, Stuttgart, 1929.
KOLLNIG, Elsässische Weistümer, 1941, p. 155.
MOEDER (Marcel), Les Institutions de Mulhouse au Moyen
Âge, Strasbourg, 1951.
DOLLINGER (Philippe), « L’émancipation de la ville et
la domination du patriciat (1200-1349) », LIVET-RAPP,
Histoire de Strasbourg, II, Strasbourg, 1981.
SITTLER (Lucien), « Les Herrenstuben en Alsace », RA,
110, 1984, p. 5-96, avec importante bibliographie.
SCHLAEFLI (Louis), « Notes sur les Trinkstuben de
Molsheim », SHAME, 1985, p. 57-62.
ALIOTH (Martin), Gruppen an der Macht, Bâle - Francfort-
sur-le-Main, 1988.
SCHLAEFLI (Louis), « La Herrenstube de Molsheim au
XVIe siècle », SHAME, 1992, p. 37-49.
Notices connexes
Asile
Artisanat
Auberge
Bains
Haus
Hauptkann
Herrenstube
Patriciat