Prébende, Prébendier : Différence entre versions
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Version du 3 mai 2026 à 13:58
Pfründe, Pfründener, beneficium, praebenda, praebendarius
Les termes français et allemands recouvrent le même sens et ont la même étymologie, venant du verbe latin praebere, fournir, praebenda (adjectif verbal) signifiant ce qui doit être fourni, ce qui doit assurer l’entretien d’une personne.
Sommaire
Les différentes prébendes
Le bénéfice ecclésiastique (geistliches beneficium) est un « office ou charge ecclésiastique auquel est attaché l’usufruit d’un bien pour assurer la subsistance du desservant ou bénéficier chargé de rendre les services prescrits par les canons, l’usage ou la fondation ». Le bénéfice, autre terme pour prébende, a été étudié dans la notice éponyme (v. Bénéfice). Elle concerne les curés, vicaires et chanoines, ces derniers disposant d’une praebenda sine cura [animarum], donc d’une sinécure, d’une prébende sans charge d’âmes (sans charge pastorale).
La prébende, constitution de pension, signifie l’entretien, les éléments dont une personne a besoin pour vivre, la nourriture y compris. Elle est un contrat relatif à la prise en charge dans une fondation (Stift), une maison d’accueil pour les pauvres (Armenhaus), un hôpital (Spital), un hospice (Verpflegungshaus) ou une léproserie (Gutleuthaus, leprosorium) (v. Léproserie) et désigne aussi la situation vécue par une personne dans un tel lieu.
Elle indique également une fonction (Amt) et les revenus (Einkünfte) qui en sont issus, dans une administration communale, ainsi que le salaire annuel perçu par un « employé » municipal, par exemple le gardien de troupeaux. Ce salaire est versé par les propriétaires du bétail. Cependant, à Zillisheim, les animaux reproducteurs doivent être libres de prébende (sollen pfruendtfrey sein) (Grimm, IV 70). La prébende concerne de même la distribution quotidienne ou occasionnelle d’aliments à une communauté religieuse ou la livraison quotidienne d’aliments à un seul ecclésiastique.
Les différents prébendiers
Au Moyen Âge et dans les siècles suivants, les
prébendiers, personnes à entretenir, sont nombreux
et divers. Les hôpitaux ou les léproseries entre-
tiennent des prébendiers. Ce sont soit des per-
sonnes malades entretenues dans ces maisons, soit
des personnes saines ayant acheté leur prébende en
versant un capital en échange d’une pension via-
gère. Il existe une différence entre personnes saines
et personnes malades, les besoins n’étant pas les
mêmes. La différence vient aussi du prix à payer au
moment de l’accueil dans l’une de ces institutions.
À Strasbourg, par exemple, il existait, en plus des
bâtiments communs (1468), trois maisons recevant
les lépreux : le Schnelling, pour les pauvres, une deu-
xième pour les femmes ayant acheté une prébende
et une troisième pour les hommes ayant fait de
même (Clementz, notice Léproserie). Cette lépro-
serie n’admettait comme prébendiers que les bour-
geois de la ville. Les serfs non chasés (qui n’avaient
ni maison – casa – ni lopin de terre en propre) et
qui vivaient à la cour domaniale de leur seigneur,
étaient également qualifiés de prébendiers, le sei-
gneur les entretenant en échange de leur travail.
Les conditions de vie des prébendiers
Les comptes des institutions (hospices, hôpi-
taux, léproseries...) font apparaître qu’une part
importante de leurs ressources provient de l’ac-
cueil des prébendiers qui versent un « droit d’en-
trée », conformément aux statuts, et qui sont les
Pfründener. Les prébendiers impécunieux ont la
possibilité d’emprunter des fonds à l’institution
qui les accueille, charge leur incombant de créer
une rente au profit de cette dernière (Clementz,
Les lépreux..., p. 170). À Obernai, ils doivent par
ailleurs apporter un trousseau composé de draps,
nappes, serviettes, brocs, plats, marmite, pots et go-
belet (Médecine et assistance, qui se fonde sur ABR,
G1718/5 fo 11r et v, p. 73). Il existe une hiérarchie
parmi les prébendiers. Par exemple, le directeur de
l’hôpital de Haguenau doit léguer ses biens à cette
institution pour garantir son honnêteté, moyennant
quoi il est reçu comme pensionnaire de première
classe dans ses vieux jours, Herrenpfründner (Ibid., p. 76). Les catégories de prébendiers en riches,
moyens ou pauvres se fondent sur leur niveau de
fortune : argent, champs, vignes, maisons, rentes
qui reviennent à l’institution et leur entretien varie
en fonction de leurs biens. À Bouxwiller (Ibid.
p. 78), le prébendier riche est admis à la « table su-
périeure » et dispose d’une grande et d’une petite
chambre pour 250 à 400 florins (selon les époques),
le moyen s’assied à la « table moyenne » contre 150
à 200 florins, les derniers mangent à la table com-
mune et logent à plusieurs dans une seule chambre
pour un prix de 70 à 140 florins (Klein). Chacun
d’eux doit se vêtir, apporter son mobilier et ne doit
vendre ni literie ni linge (ABR G1718, 5). Le bois
de chauffage est fourni. Les prébendiers pauvres
sont tenus d’effectuer de menus travaux. Dans cette
ville, l’hôpital accueille tout au plus 32 personnes
(1622), Sélestat en accueille une douzaine (1684)
(Adam). Un règlement régit l’hébergement dans
ces institutions ; la transgression des divers articles
est l’objet de poursuites. Ainsi, la bonne entente
entre les prébendiers est obligatoire, les injures
et disputes et blasphèmes sont punis d’amendes,
les critiques concernant les repas et les préposés
proscrites, le vol de nourriture ou de vin entraine
des peines. L’adultère et les mœurs libres peuvent
conduire à la perte du bénéfice de la pension et des
biens transmis. La léproserie de Strasbourg inter-
dit même les mariages entre lépreux qui encourent
la peine d’être renvoyés et de perdre leur prébende
(Brucker, cité par Clementz, Les lépreux..., p. 152).
À Bouxwiller, les deux repas par jour sont servis
à heure régulière (trois repas à Saverne), la viande
fait partie du menu trois fois par semaine, la soupe
aux lentilles ou aux pois figure au menu quotidien,
à l’exception du vendredi où l’on mange du hareng,
de la morue, du fromage et du pain bis. Les jours
de fête sont servis un rôti et du pain blanc, agré-
mentés d’un dessert à Pâques (gâteaux et flans).
Ces repas sont pris à la lumière du jour, les lumi-
naires étant économisés. Ces derniers sont du reste
interdits aux pensionnaires pour éviter les incen-
dies (Médecine et assistance, p. 80-81).
Les soins médicaux
Les soins correspondent à la médicine pratiquée
en ces temps, soit essentiellement par des barbiers
et, dans les villes d’une certaine importance, par un
médecin formé et assermenté, engagé par la ville, le
physicus (v. Médecine). Les soins consistent en sai-
gnées, pansements, ventouses, bains, diète ou nour-
riture plus riche (pain blanc, vin). Les épidémies
étant légion et la prophylaxie inexistante, les décès
sont nombreux. Les sépultures sont simples, les
traces archivistiques concernant les émoluments d’un prêtre ou d’un chantre font défaut, le prix des
cercueils est pris en charge par l’institution.
L’encadrement religieux
Quasiment tous les établissements recevant des
prébendiers possèdent une église ou une chapelle
assurant une vie spirituelle commune par le biais
des offices. À chacune de ces églises ou chapelles
est attaché un (ou plusieurs) bénéfice dont le titu-
laire assure des charges bien définies (Médecine et
assistance, p. 81). Par ailleurs, les repas sont précé-
dés de prières, le jeûne est suivi aux jours prescrits
par l’Église, la morale chrétienne respectée sous
peine de sanctions, voire de l’exclusion.
Us et coutumes de l’hôpital d’Issenheim
Cet établissement reçoit de nombreux prében-
diers dont les obligations et les droits sont détaillés
dans l’ouvrage d’E. Clementz (Les Antonins...) Au
moment de leur admission, ils prêtent « le serment
de fidélité et de respecter tout ce qui est écrit ici et
de promouvoir le bien du couvent ». En échange
de leur prise en charge, ils lèguent leurs biens, opé-
ration qui correspond à une rente viagère. Cette
pratique est attestée en Alsace dès 1270 ou 1278
(Saverne) ou à Strasbourg en 1282. Aux fonctions
hospitalières s’ajoutent celles d’une maison rece-
vant les personnes âgées, ce qui, petit à petit, se fait
au détriment des pauvres et conduit à transformer
les institutions d’assistance en maison de retraite.
GRIMM, Wörterbuch (1854-1960) : https://woerterbuch- netz.de/?sigle=DWB#1. NIERMEYER ( Jan Frederik), Mediae Latinitatis Lexikon Minus : http://linguaeterna.com/medlat/list.php?letter=P. BRUCKER ( Johann Karl), Straßburger Zunft- und Polizeiverordnungen des 14. und 15. Jahrhunderts, Strasbourg, 1889, p. 44. PFLEGER (Lucien), Die elsässische Pfarrei: ihre Entstehung und Entwicklung: ein Beitrag zur kirchlichen Rechts- und Kulturgeschichte, Strasbourg, 1936. ADAM (Pierre), Annuaire de la Société des Amis de la Bibliothèque de Sélestat, 1958, p. 53. LIVET (Georges) et SCHAFF (Georges), « Les établisse- ments d’assistance en Basse-Alsace au début du XVIIe siècle », Médecine et assistance en Alsace, XVIe-XXe siècle, Strasbourg, 1976, p. 71-81. KLEIN (Ch.), Études et documents, p. 19. CLEMENTZ (Elisabeth), Les Antonins d’Issenheim. Essor et dérive d’une vocation hospitalière à la lumière du temporel, Strasbourg, 1998, p. 128 et suivantes. CLEMENTZ (Élisabeth), Les lépreux en Alsace : marginaux, exclus, intercesseurs ?, Paris, 2022 (recensant d’innombrables exemples de prébendiers). V. Bénéfice ecclésiastique, Léproserie, Médecine, Physicus.