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sur le Palatin (Gaffiot). Si la ''Pfalz'' impériale de Haguenau est construite par les Hohenstaufen à partir de 1136, d’après les vestiges archéologiques étudiés par Robert Will, la ''Pfalz'' de Strasbourg constitue le premier hôtel de ville de la ville libre d’Empire pendant quatre siècles et demi, réunissant les institutions municipales à compter de 1321, à l’exception de son administration des finances, installée dans le ''Pfennigturm'', lui aussi construit en 1321. Le mot ''Pfalz'', quant à lui, est une survivance de la « ''Bischöfliche Pfalz'' », l’ancien palais dans lequel les autorités de la ville ont siégé quelques décennies après leur victoire sur l’évêque à Hausbergen en 1262.
 
sur le Palatin (Gaffiot). Si la ''Pfalz'' impériale de Haguenau est construite par les Hohenstaufen à partir de 1136, d’après les vestiges archéologiques étudiés par Robert Will, la ''Pfalz'' de Strasbourg constitue le premier hôtel de ville de la ville libre d’Empire pendant quatre siècles et demi, réunissant les institutions municipales à compter de 1321, à l’exception de son administration des finances, installée dans le ''Pfennigturm'', lui aussi construit en 1321. Le mot ''Pfalz'', quant à lui, est une survivance de la « ''Bischöfliche Pfalz'' », l’ancien palais dans lequel les autorités de la ville ont siégé quelques décennies après leur victoire sur l’évêque à Hausbergen en 1262.
 
La ''Pfalz'' est édifiée au cœur du quartier marchand de Strasbourg, à côté de l’église Saint-Martin. Les historiens ont souvent associé le choix de cet emplacement par l’équidistance entre la cour des Zorn et de leurs partisans et celle des Mullenheim – les deux grandes familles rivales du XIVe siècle – lesquelles ont chacune leur entrée distincte dans la grande salle d’assemblée. Or, si ce détail semble confirmé par la présence de deux grands escaliers extérieurs conduisant à l’étage, ils n’ont pas pris en compte l’axe de pouvoir symbolique et la communication visuelle qui existait entre la ''Pfalz'' et le ''Pfennigturm'', ce que démontre le bâti ancien au travers du plan-relief de 1725-1727.<br>
 
La ''Pfalz'' est édifiée au cœur du quartier marchand de Strasbourg, à côté de l’église Saint-Martin. Les historiens ont souvent associé le choix de cet emplacement par l’équidistance entre la cour des Zorn et de leurs partisans et celle des Mullenheim – les deux grandes familles rivales du XIVe siècle – lesquelles ont chacune leur entrée distincte dans la grande salle d’assemblée. Or, si ce détail semble confirmé par la présence de deux grands escaliers extérieurs conduisant à l’étage, ils n’ont pas pris en compte l’axe de pouvoir symbolique et la communication visuelle qui existait entre la ''Pfalz'' et le ''Pfennigturm'', ce que démontre le bâti ancien au travers du plan-relief de 1725-1727.<br>
Dès 1321, la ''Pfalz'' est un bâtiment imposant de plan carré, à deux niveaux, doté d’arcades au
 
rez-de-chaussée, de grandes fenêtres gothiques à l’étage, ainsi que de trois haut pignons à redents, dont l’un surmontant son entrée principale du côté du marché aux grains. Son architecture monumentale de palais est affirmée par la présence de quatre tourelles polygonales à ses angles et de contreforts en nombre. Elle semble avoir englobé, dès sa construction, côté sud, une ancienne chapelle du XIIIe siècle (1266), voisine de l’église et du cimetière Saint-Martin. Cette hypothèse, émise par Roland Oberlé, est tout à fait plausible, puisque cette chapelle constitue le noyau d’un deuxième corps de bâtiment accolé et plus bas : elle reçoit un étage qui abrite la salle des séances du Petit Sénat et un pignon à redents dès la fin du XIVe siècle et
 
se voit prolongée. En 1588-1590, la façade opposée est construite en alignement avec le corps principal et reçoit un pignon à redents identique à la façade avant. Le bâtiment se présentera ainsi dans l’iconographie du XVIIIe siècle (fig. 1-2).<br> Malgré la construction de la chancellerie en 1464 puis celle du ''Neu Bau'' en 1585, la ''Pfalz'' demeure le siège des institutions dirigeantes de la Ville, dont les attributions sont précisées à la suite des révolutions successives des XIVe et XVe siècles. Au début du XVIe siècle, la chambre des XIII est
 
décorée d’une œuvre monumentale peut-être à fresque appelée ''Freiheitstafel'', due à la collaboration entre Sebastian Brant et le peintre Hans Baldung Grien. Composée de 52 scènes en médaillons associant des ''putti'' et des vers de Brant, elle illustre une histoire moralisée – historique, biblique ou légendaire – sur le thème de la liberté (comment la perdre ou la conserver), ayant ainsi valeur d’''exemplum'' pour les XIII qui s’y réunissent, comme l’a
 
démontré Liliane Châtelet-Lange. La description intérieure la plus complète de la ''Pfalz'' remonte à 1713. Le jeune noble de Francfort, Johann Friedrich von Uffenbach, se fait conduire par un huissier dans la salle du Petit Sénat, qui n’a rien de remarquable – elle avait été dévastée par un incendie en 1548 – puis dans la chambre des XV, assez richement décorée de peintures en rapport avec la justice, enfin dans la salle du Grand Sénat, ornée d’un grand parchemin et d’une vue de la ville et de la cathédrale. Après le transfert des services vers le ''Neu Bau'', puis la translation des archives issues de l’antique « ''Gewölbe'' », la ''Pfalz'' est démolie en 1780.<br>
 
  
D’autres villes alsaciennes ont également disposé de leur « palais municipal » dès le Moyen Âge, parfois reconstruit ou remanié à la Renaissance, mais les démolitions du XVIIe au XIXe siècle nous ont souvent privés de ces architectures remarquables, sans qu’il n’en subsiste une iconographie considérable. L’ancien ''Rathaus'' de Wissembourg, construit en 1396 (?) disparaît dans les flammes le 25 janvier 1677 lors de l’incendie de la ville. Par chance, il s’agit d’un des seuls à être représenté de manière précise au XVIe siècle dans une gravure sur bois de la ''Cosmographie universelle'' de Sebastian Münster (fig. 3). Le document montre un détail qui devait être constant dans l’ensemble de cas « palais » : il est doté d’un escalier extérieur menant à l’étage ainsi que d’une tourelle. C’est traditionnellement dans l’étage noble que siègent les institutions municipales (en italien, on parle de ''piano nobile'' à la Renaissance), escalier du haut duquel on lit des proclamations ou des sentences, alors que le rez-de-chaussée, doté le plus souvent d’arcades, est affecté à des activités commerciales. On y trouve soit une halle couverte, soit des locaux loués à des artisans, comme c’est le cas dans la ''Pfalz'' strasbourgeoise jusqu’en 1779. Corps de garde et remises à pompes ou à bois viennent ultérieurement occuper ces espaces commerciaux moins en vue des édiles. Un double escalier monumental en pierre existait par exemple à l’ancien hôtel de ville d’Andlau, démoli en 1837 pour y élever la mairie actuelle. À Mulhouse, le très bel hôtel de ville Renaissance (1552), couvert de peintures allégoriques sur ses façades – une tradition vivace dans l’''Oberrhein'' – reste à ce jour le monument le plus remarquable. Sa salle de réunion principale à l’étage se fait sans
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Dès 1321, la ''Pfalz'' est un bâtiment imposant de plan carré, à deux niveaux, doté d’arcades au rez-de-chaussée, de grandes fenêtres gothiques à l’étage, ainsi que de trois haut pignons à redents, dont l’un surmontant son entrée principale du côté du marché aux grains. Son architecture monumentale de palais est affirmée par la présence de quatre tourelles polygonales à ses angles et de contreforts en nombre. Elle semble avoir englobé, dès sa construction, côté sud, une ancienne chapelle du XIIIe siècle (1266), voisine de l’église et du cimetière Saint-Martin. Cette hypothèse, émise par Roland Oberlé, est tout à fait plausible, puisque cette chapelle constitue le noyau d’un deuxième corps de bâtiment accolé et plus bas : elle reçoit un étage qui abrite la salle des séances du Petit Sénat et un pignon à redents dès la fin du XIVe siècle et se voit prolongée. En 1588-1590, la façade opposée est construite en alignement avec le corps principal et reçoit un pignon à redents identique à la façade avant. Le bâtiment se présentera ainsi dans l’iconographie du XVIIIe siècle (fig. 1-2).<br>
doute l’écho de ce que pouvait ressembler la grande partie des salles de réunion d’autres édifices aujourd’hui disparus. À Obernai, l’ancien bâtiment hybride (XIVe au XVIIIe siècle) est connu par une abondante iconographie, mais il n’a conservé, après sa reconstruction en 1846-1848, que la salle de justice de 1523, remaniée au début du XVIIe siècle. L’hôtel de ville de Sélestat, ville éminente de la Décapole, qui devait être tout aussi prestigieux et pittoresque, a quant à lui été démoli dès 1779. Son architecture des XVe, XVIe et XVIIe siècles présentait des peintures murales extérieures ainsi qu’une horloge à automates. Enfin à Colmar, le ''Wagkeller'', qui réunissait des institutions municipales, est en grande partie détruit par Jean-Baptiste Chassain
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Malgré la construction de la chancellerie en 1464 puis celle du ''Neu Bau'' en 1585, la ''Pfalz'' demeure le siège des institutions dirigeantes de la Ville, dont les attributions sont précisées à la suite des révolutions successives des XIVe et XVe siècles. Au début du XVIe siècle, la chambre des XIII est décorée d’une œuvre monumentale peut-être à fresque appelée ''Freiheitstafel'', due à la collaboration entre Sebastian Brant et le peintre Hans Baldung Grien. Composée de 52 scènes en médaillons associant des ''putti'' et des vers de Brant, elle illustre une histoire moralisée – historique, biblique ou légendaire – sur le thème de la liberté (comment la perdre ou la conserver), ayant ainsi valeur d’''exemplum'' pour les XIII qui s’y réunissent, comme l’a démontré Liliane Châtelet-Lange. La description intérieure la plus complète de la ''Pfalz'' remonte à 1713. Le jeune noble de Francfort, Johann Friedrich von Uffenbach, se fait conduire par un huissier dans la salle du Petit Sénat, qui n’a rien de remarquable – elle avait été dévastée par un incendie en 1548 – puis dans la chambre des XV, assez richement décorée de peintures en rapport avec la justice, enfin dans la salle du Grand Sénat, ornée d’un grand parchemin et d’une vue de la ville et de la cathédrale. Après le transfert des services vers le ''Neu Bau'', puis la translation des archives issues de l’antique « ''Gewölbe'' », la ''Pfalz'' est démolie en 1780.<br>
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D’autres villes alsaciennes ont également disposé de leur « palais municipal » dès le Moyen Âge, parfois reconstruit ou remanié à la Renaissance, mais les démolitions du XVIIe au XIXe siècle nous ont souvent privés de ces architectures remarquables, sans qu’il n’en subsiste une iconographie considérable. L’ancien ''Rathaus'' de Wissembourg, construit en 1396 (?) disparaît dans les flammes le 25 janvier 1677 lors de l’incendie de la ville. Par chance, il s’agit d’un des seuls à être représenté de manière précise au XVIe siècle dans une gravure sur bois de la ''Cosmographie universelle'' de Sebastian Münster (fig. 3). Le document montre un détail qui devait être constant dans l’ensemble de cas « palais » : il est doté d’un escalier extérieur menant à l’étage ainsi que d’une tourelle. C’est traditionnellement dans l’étage noble que siègent les institutions municipales (en italien, on parle de ''piano nobile'' à la Renaissance), escalier du haut duquel on lit des proclamations ou des sentences, alors que le rez-de-chaussée, doté le plus souvent d’arcades, est affecté à des activités commerciales. On y trouve soit une halle couverte, soit des locaux loués à des artisans, comme c’est le cas dans la ''Pfalz'' strasbourgeoise jusqu’en 1779. Corps de garde et remises à pompes ou à bois viennent ultérieurement occuper ces espaces commerciaux moins en vue des édiles. Un double escalier monumental en pierre existait par exemple à l’ancien hôtel de ville d’Andlau, démoli en 1837 pour y élever la mairie actuelle. À Mulhouse, le très bel hôtel de ville Renaissance (1552), couvert de peintures allégoriques sur ses façades – une tradition vivace dans l’''Oberrhein'' – reste à ce jour le monument le plus remarquable. Sa salle de réunion principale à l’étage se fait sans doute l’écho de ce que pouvait ressembler la grande partie des salles de réunion d’autres édifices aujourd’hui disparus. À Obernai, l’ancien bâtiment hybride (XIVe au XVIIIe siècle) est connu par une abondante iconographie, mais il n’a conservé, après sa reconstruction en 1846-1848, que la salle de justice de 1523, remaniée au début du XVIIe siècle. L’hôtel de ville de Sélestat, ville éminente de la Décapole, qui devait être tout aussi prestigieux et pittoresque, a quant à lui été démoli dès 1779. Son architecture des XVe, XVIe et XVIIe siècles présentait des peintures murales extérieures ainsi qu’une horloge à automates. Enfin à Colmar, le ''Wagkeller'', qui réunissait des institutions municipales, est en grande partie détruit par Jean-Baptiste Chassain
 
qui y élève un autre palais, celui du Conseil souverain d’Alsace (1769-1771), ne conservant qu’une seule aile de l’ancien bâtiment.<br>
 
qui y élève un autre palais, celui du Conseil souverain d’Alsace (1769-1771), ne conservant qu’une seule aile de l’ancien bâtiment.<br>
  
 
== Sources - Bibliographie ==
 
== Sources - Bibliographie ==
POLACZEK (Ernst), « Das Strassburger Tagebuch des Johann Friedrich von Uffenbach aus Frankfurt (1712-1714) », Elsass-Lothringisches Jahrbuch, t. 1, 1922, p. 83.<br>
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POLACZEK (Ernst), « Das Strassburger Tagebuch des Johann Friedrich von Uffenbach aus Frankfurt (1712-1714) », ''Elsass-Lothringisches Jahrbuch'', t. 1, 1922, p. 83.<br>
  
HATT ( Jean-Jacques), Une ville au XVe siècle : Strasbourg, Strasbourg, 1929, p. 75.<br>
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HATT ( Jean-Jacques), ''Une ville au XVe siècle : Strasbourg, Strasbourg'', 1929, p. 75.<br>
  
OBERLÉ (Roland), « La Pfalz : cœur et symbole de la vieille République de Strasbourg », Annuaire de la Société des Amis du Vieux Strasbourg, 1971, p. 39-56.<br>
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OBERLÉ (Roland), « La Pfalz : cœur et symbole de la vieille République de Strasbourg », ''Annuaire de la Société des Amis du Vieux Strasbourg'', 1971, p. 39-56.<br>
  
CHÂTELET-LANGE (Liliane), « Sébastien Brant, Hans Baldung Grien et la Freiheitstafel dans la chambre des XIII (Pfalz) à Strasbourg », Cahiers alsaciens d’Archéologie, d’Art et d’Histoire, t. 34, 1991, p. 119-138.<br>
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CHÂTELET-LANGE (Liliane), « Sébastien Brant, Hans Baldung Grien et la Freiheitstafel dans la chambre des XIII (Pfalz) à Strasbourg », ''Cahiers alsaciens d’Archéologie, d’Art et d’Histoire'', t. 34, 1991, p. 119-138.<br>
  
PETRAZOLLER (François), L’urbanisme à Strasbourg, la pierre et l’idée, Strasbourg, 2002.<br>
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PETRAZOLLER (François), ''L’urbanisme à Strasbourg, la pierre et l’idée'', Strasbourg, 2002.<br>
  
 
== Notices connexes ==
 
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Version actuelle datée du 29 avril 2026 à 11:43

Bürgerstube, Gemeindestube, Hôtel de ville, Laube, Mairie, Poêle communal, Rathaus

Du latin Palatium, désignant le mont Palatin à Rome et par extension le Palais des Césars sur le Palatin (Gaffiot). Si la Pfalz impériale de Haguenau est construite par les Hohenstaufen à partir de 1136, d’après les vestiges archéologiques étudiés par Robert Will, la Pfalz de Strasbourg constitue le premier hôtel de ville de la ville libre d’Empire pendant quatre siècles et demi, réunissant les institutions municipales à compter de 1321, à l’exception de son administration des finances, installée dans le Pfennigturm, lui aussi construit en 1321. Le mot Pfalz, quant à lui, est une survivance de la « Bischöfliche Pfalz », l’ancien palais dans lequel les autorités de la ville ont siégé quelques décennies après leur victoire sur l’évêque à Hausbergen en 1262. La Pfalz est édifiée au cœur du quartier marchand de Strasbourg, à côté de l’église Saint-Martin. Les historiens ont souvent associé le choix de cet emplacement par l’équidistance entre la cour des Zorn et de leurs partisans et celle des Mullenheim – les deux grandes familles rivales du XIVe siècle – lesquelles ont chacune leur entrée distincte dans la grande salle d’assemblée. Or, si ce détail semble confirmé par la présence de deux grands escaliers extérieurs conduisant à l’étage, ils n’ont pas pris en compte l’axe de pouvoir symbolique et la communication visuelle qui existait entre la Pfalz et le Pfennigturm, ce que démontre le bâti ancien au travers du plan-relief de 1725-1727.

Dès 1321, la Pfalz est un bâtiment imposant de plan carré, à deux niveaux, doté d’arcades au rez-de-chaussée, de grandes fenêtres gothiques à l’étage, ainsi que de trois haut pignons à redents, dont l’un surmontant son entrée principale du côté du marché aux grains. Son architecture monumentale de palais est affirmée par la présence de quatre tourelles polygonales à ses angles et de contreforts en nombre. Elle semble avoir englobé, dès sa construction, côté sud, une ancienne chapelle du XIIIe siècle (1266), voisine de l’église et du cimetière Saint-Martin. Cette hypothèse, émise par Roland Oberlé, est tout à fait plausible, puisque cette chapelle constitue le noyau d’un deuxième corps de bâtiment accolé et plus bas : elle reçoit un étage qui abrite la salle des séances du Petit Sénat et un pignon à redents dès la fin du XIVe siècle et se voit prolongée. En 1588-1590, la façade opposée est construite en alignement avec le corps principal et reçoit un pignon à redents identique à la façade avant. Le bâtiment se présentera ainsi dans l’iconographie du XVIIIe siècle (fig. 1-2).

Malgré la construction de la chancellerie en 1464 puis celle du Neu Bau en 1585, la Pfalz demeure le siège des institutions dirigeantes de la Ville, dont les attributions sont précisées à la suite des révolutions successives des XIVe et XVe siècles. Au début du XVIe siècle, la chambre des XIII est décorée d’une œuvre monumentale peut-être à fresque appelée Freiheitstafel, due à la collaboration entre Sebastian Brant et le peintre Hans Baldung Grien. Composée de 52 scènes en médaillons associant des putti et des vers de Brant, elle illustre une histoire moralisée – historique, biblique ou légendaire – sur le thème de la liberté (comment la perdre ou la conserver), ayant ainsi valeur d’exemplum pour les XIII qui s’y réunissent, comme l’a démontré Liliane Châtelet-Lange. La description intérieure la plus complète de la Pfalz remonte à 1713. Le jeune noble de Francfort, Johann Friedrich von Uffenbach, se fait conduire par un huissier dans la salle du Petit Sénat, qui n’a rien de remarquable – elle avait été dévastée par un incendie en 1548 – puis dans la chambre des XV, assez richement décorée de peintures en rapport avec la justice, enfin dans la salle du Grand Sénat, ornée d’un grand parchemin et d’une vue de la ville et de la cathédrale. Après le transfert des services vers le Neu Bau, puis la translation des archives issues de l’antique « Gewölbe », la Pfalz est démolie en 1780.

D’autres villes alsaciennes ont également disposé de leur « palais municipal » dès le Moyen Âge, parfois reconstruit ou remanié à la Renaissance, mais les démolitions du XVIIe au XIXe siècle nous ont souvent privés de ces architectures remarquables, sans qu’il n’en subsiste une iconographie considérable. L’ancien Rathaus de Wissembourg, construit en 1396 (?) disparaît dans les flammes le 25 janvier 1677 lors de l’incendie de la ville. Par chance, il s’agit d’un des seuls à être représenté de manière précise au XVIe siècle dans une gravure sur bois de la Cosmographie universelle de Sebastian Münster (fig. 3). Le document montre un détail qui devait être constant dans l’ensemble de cas « palais » : il est doté d’un escalier extérieur menant à l’étage ainsi que d’une tourelle. C’est traditionnellement dans l’étage noble que siègent les institutions municipales (en italien, on parle de piano nobile à la Renaissance), escalier du haut duquel on lit des proclamations ou des sentences, alors que le rez-de-chaussée, doté le plus souvent d’arcades, est affecté à des activités commerciales. On y trouve soit une halle couverte, soit des locaux loués à des artisans, comme c’est le cas dans la Pfalz strasbourgeoise jusqu’en 1779. Corps de garde et remises à pompes ou à bois viennent ultérieurement occuper ces espaces commerciaux moins en vue des édiles. Un double escalier monumental en pierre existait par exemple à l’ancien hôtel de ville d’Andlau, démoli en 1837 pour y élever la mairie actuelle. À Mulhouse, le très bel hôtel de ville Renaissance (1552), couvert de peintures allégoriques sur ses façades – une tradition vivace dans l’Oberrhein – reste à ce jour le monument le plus remarquable. Sa salle de réunion principale à l’étage se fait sans doute l’écho de ce que pouvait ressembler la grande partie des salles de réunion d’autres édifices aujourd’hui disparus. À Obernai, l’ancien bâtiment hybride (XIVe au XVIIIe siècle) est connu par une abondante iconographie, mais il n’a conservé, après sa reconstruction en 1846-1848, que la salle de justice de 1523, remaniée au début du XVIIe siècle. L’hôtel de ville de Sélestat, ville éminente de la Décapole, qui devait être tout aussi prestigieux et pittoresque, a quant à lui été démoli dès 1779. Son architecture des XVe, XVIe et XVIIe siècles présentait des peintures murales extérieures ainsi qu’une horloge à automates. Enfin à Colmar, le Wagkeller, qui réunissait des institutions municipales, est en grande partie détruit par Jean-Baptiste Chassain qui y élève un autre palais, celui du Conseil souverain d’Alsace (1769-1771), ne conservant qu’une seule aile de l’ancien bâtiment.

Sources - Bibliographie

POLACZEK (Ernst), « Das Strassburger Tagebuch des Johann Friedrich von Uffenbach aus Frankfurt (1712-1714) », Elsass-Lothringisches Jahrbuch, t. 1, 1922, p. 83.

HATT ( Jean-Jacques), Une ville au XVe siècle : Strasbourg, Strasbourg, 1929, p. 75.

OBERLÉ (Roland), « La Pfalz : cœur et symbole de la vieille République de Strasbourg », Annuaire de la Société des Amis du Vieux Strasbourg, 1971, p. 39-56.

CHÂTELET-LANGE (Liliane), « Sébastien Brant, Hans Baldung Grien et la Freiheitstafel dans la chambre des XIII (Pfalz) à Strasbourg », Cahiers alsaciens d’Archéologie, d’Art et d’Histoire, t. 34, 1991, p. 119-138.

PETRAZOLLER (François), L’urbanisme à Strasbourg, la pierre et l’idée, Strasbourg, 2002.

Notices connexes

Bürgerstube

Gemeindestube

Hôtel de ville

Laube

Mairie

Poêle des notables

Rathaus

Fabien Baumann