Propagande Révolutionnaire (La)

De DHIALSACE
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Formation politique de « sans-culottes » ac- courus de divers départements de la République à Strasbourg à l’époque de la Terreur de l’an II (1793-1794), avec mission d’appuyer les Jacobins strasbourgeois dans leur lutte pour libérer cette ville de toutes les superstitions et fanatismes ac- cumulés sous l’ère des despotes couronnés et des prêtres, et la porter à la hauteur de la Révolution. Les premiers d’entre eux arrivèrent à Strasbourg à l’appel de la société des Jacobins de Strasbourg à la fin du mois de novembre 1793 ; elle avait en effet été « priée » par les représentants du peuple Saint-Just et Lebas d’écrire aux sociétés populaires voisines pour qu’elles délèguent à Strasbourg chacune un citoyen révolutionnaire. Furent ainsi envoyées une centaine de lettres circulaires, auxquelles de nom- breuses sociétés populaires de toute la République répondirent positivement ; aussi en vint-il de Saint-Dié, d’Epinal, Phalsbourg, Sarrebourg, Metz, Nancy, Lunéville, Pont-à-Mousson, Colmar, Montbéliard, Verdun-sur-le-Doubs, Chalon-sur- Saône, Louhans, Mâcon, Nuits-[Saint-Georges], Beaune, Seurre, Paray-[le-Monial], Châlons-sur- Marne, et aussi de Clermont-Ferrand, Grenoble, Montpellier, et de bien d’autres communes de la République.

Ces « nouveaux apôtres de la liberté » (autre dé- signation), qui se donnèrent le titre quelque peu pompeux de Propagande, étaient grassement dé- frayés, hébergés au collège national (l’actuel lycée Fustel-de-Coulanges), où ils disposaient de leur propre cuisinier, ne manquaient de rien alors que les Strasbourgeois étaient rationnés, et le général Dièche avait de plus mis à leur disposition une garde particulière, des plantons et des ordonnances à cheval ; bref, une vie de roi !

Sales et débraillés, moustaches tombantes et bonnet rouge sur la tête, affublés d’une houppe- lande crasseuse et ceints d’un long sabre de cava- lerie traînant au sol, ils parcouraient les rues de Strasbourg, s’autoproclamaient partout patriotes par excellence, sauveurs du département du Bas- Rhin, haranguant les passants dans un langage ignoble (que de toute évidence les Strasbourgeoises et Strasbourgeois ne comprenaient pas), menaçant à tout-va d’arrestation, de déportation, de guillo- tine, fulminant contre le charabia incompréhen- sible de ces « almants » qu’il faut déporter dans l’intérieur et les remplacer ici par de bons sans-cu- lottes. Ils commencèrent par faire interdire l’usage de la langue allemande – ou du dialecte alsacien – dans la société populaire, pour y imposer le seul usage du français, ce qui revenait en fait, à exclure du débat politique tout ceux qui ne pratiquaient pas cette langue importée.

Ce furent eux qui provoquèrent une assemblée générale des autorités constituées, de la société populaire de Strasbourg, de la Propagande et des citoyens dans la cathédrale le 17 novembre 1793, y faisant proclamer le culte de la Raison, et après une longue tirade sur les turpitudes des prêtres, « ha- biles charlatans, dont il est temps de détruire les prestiges », faire prêter au peuple le serment de ne plus vouloir de prêtres ! Ceux-ci, bien qu’assermen- tés − officiellement il n’y en avait plus d’autres − furent poussés à se « déprêtriser » ; ils furent nombreux à s’exécuter.

L’organisation du gouvernement révolutionnaire (loi du 14 frimaire an II, 4 décembre 1793) mit fin à la « mission » des propagandistes à Strasbourg. Chacun s’en retourna chez lui. Cependant, quelques mois plus tard, beaucoup d’entre eux furent arrêtés pour être jugés aux tribunaux criminels de leurs dé- partements respectifs, accusés de violences et vexa- tions exercées sur des citoyens lors de leur séjour en Alsace.

Sources - Bibliographie

AD Hérault, L 5526 et 5548 : Correspondance relative à Rafrège, commissaire député à Strasbourg pour vivifier l’esprit public, an II, 30 et 11 pièces). SAINT-JUST (Antoine-Louis de), Œuvres complètes. Édition établie par Anne Kupiec et Miguel Abensour, Paris, 2004 ; lettre à la société populaire de Strasbourg du 18 brumaire an II (8 novembre 1793), p. 938. AN, W 177 no 3441, p. 11, manuscrit : Mémoire de Frédéric Butenschoen du 3 vendémiaire. Livre bleu (voir t. 1 : no xliii, p. 41 ; no lxxxiii, p. 154 ; no cii, p. 187-192). MONET (Pierre-François), Les prêtres abjurant l’imposture, Strasbourg, Dannbach, s. d. [1793], in-8o (en allemand : Die Priester wollen Menschen werden). BAUDRIER (Pierre), « La Francilisation de l’Alsace par la Propagande en l’an II », Langages de la Révolution (1770-1815). Acte du 4e Colloque international de lexicologie politique, Saint- Cloud, 1991, Paris, 1995, p. 41-52.

Notices connexes

V. Gazettes, Iconoclasme révolutionnaire, Livre Bleu, Pamphlets.

Claude Betzinger