Poudres et salpêtres

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L’invention de la poudre : une révolution pour l’art de la guerre

La formule de la poudre à canons est mise au point à la fin du XIIIe siècle, mais elle n’entraîne de mutations décisives dans l’art de la guerre qu’au début du XVe, pour les sièges, avant que canons et mousquets soient suffisamment pratiques pour être utilisés couramment sur le champ de bataille au courant du XVIIe siècle. A la fin du Moyen Âge et au début des Temps modernes, les opérations militaires consistant souvent à passer de ville forte en ville forte, de les assiéger et prendre d’assaut successivement, l’artillerie est une arme offensive importante, à employer contre les murailles de l’ennemi et dans une moindre mesure une arme défensive à employer contre les assaillants.

Souverains, princes, seigneurs et villes libres doivent consentir aux dépenses considérables d’armement nouveau et s’équiper de fonderies et de poudreries, et toutes n’y parviennent pas, ce qui modifie les équilibres politiques.

La poudre est un mélange de trois quarts de salpêtre et d’un quart de mélange de soufre et de charbon (de bois) (Manuel de l’artificier, Seconde édition, revue, corrigée et augmentée, 1757, Saint Empire ; Krünitz, Œconomische Encyklopädie, art. Schiesspulver).

Le salpêtre ou nitrite est l’élément le plus recherché. Le prix de la poudre a considérablement baissé depuis le XIIIe siècle, du fait de la collecte réglementée du salpêtre dans les lieux indiqués : décharges de démolitions, lessivage de murs de caves, de latrines, d’étables et de fumiers ; la production du salpêtre en plantation ou nitrières, sorte de compost suivi d’une série de filtrations et de « cuites » est plus tardive. Vient ensuite le passage au moulin à poudre avec ses cuves et pilons et ses malaxeurs pour donner de la poudre à canon (en poudre fine ou en grains ou poudre grenue), à utiliser dans les tubes des canons.

Les maîtres armuriers, ou buchsenmeister, spécialistes à la fois de la fabrication de la poudre et de celle des canons, sont des professionnels très recherchés (v. Arsenaux, Artillerie, Büchsenmeister).

Salpêtres et poudres en Alsace - Strasbourg

Les chroniques chantent la gloire de l’artillerie strasbourgeoise, ses canons et ses fonderies ; ses maîtres-artilleurs et fondeurs de cloches (Büchsenmeister et Werckmeister) redoublent d’ingéniosité et l’on chante, dès le XVe siècle, les exploits des canons strasbourgeois (v. Artillerie, Arsenal). À partir de 1375, Strasbourg s’est dotée de cet équipement désormais indispensable de toute puissance militaire, même régionale. Elle mène la guerre contre les chevaliers brigands de la Basse-Alsace et de la Haute-Alsace. Le XVIe siècle voit l’apogée des forces militaires de la petite république alsacienne (R. Reuss). L’Empereur Maximilien Ier (et ses experts) vient à deux reprises à Strasbourg se rendre compte du développement de son artillerie et lui en commander des pièces.

Fonderie et Arsenal – le Zeughof – donnent sur le marché aux chevaux (plus tard place Broglie, v. Arsenal). Mais tout comme la fonte des canons, la fabrication de la poudre est le fait aussi d’entreprises privées. Les moulins à poudres semblent répartis dans la ville même, ce qui provoque périodiquement des accidents, par exemple à l’angle du quai des Pêcheurs et de la place du Corbeau (1581 : 13 morts), ou encore près du Schiessrein (champ de tir, actuel Contades) (1558). Le Magistrat impose aux moulins à salpêtre et poudres une installation hors les murs (Porte des Bouchers) mais des moulins à poudre établis devant la Porte des juifs sautent encore au début du XVIIe siècle. Les poudriers (pulvermacher) strasbourgeois exportent leur poudre, par exemple à Colmar (voir plus loin).

Strasbourg continue de s’armer d’une importante artillerie et, quoique neutre, la prête volontiers, par exemple aux Suédois qui peuvent prendre Benfeld et Schlestadt (1632). Après son père qui procède à l’agrandissement de l’arsenal sur la place du marché aux chevaux, Sebald Buheler (1529-1594) a été l’un de ces entrepreneurs de fonderie (NDBA).

Mais les fortifications de Specklin ne sont plus à la hauteur et son artillerie manque de poudre et de boulets, et quand le roi de France (et son armée) vient annexer la ville, c’est une triple salve en son honneur que tirent ses 264 canons : Louis XIV entre dans la ville (1681).

Artillerie et poudrerie restent localisées place du Marché aux chevaux, désormais arsenal, fonderie et poudrerie royales ! Un autre établissement est érigé entre la ville et la nouvelle citadelle (v. Arsenal, Artillerie) (Reuss, Pfleger).

Salpêtres et poudres à Colmar

Et dans le reste de l’Alsace

La poudre dans le Royaume de France

Monopole royal rappelé pour les Trois-Évêchés, l’Alsace et la Franche-Comté

Exceptions alsaciennes, puis un règlement d’ensemble pour les poudres et salpêtres dans la province d’Alsace

Et exceptions lorraines

La fin de la Ferme et le passage à la Régie

1792 : pour être heureux, du pain, du fer et du salpêtre

Consulat et Empire : retour au monopole national

Sources - Bibliographie

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